Lorsque le monsieur en costume et au nœud papillon s’est présenté à moi et l’a affirmé « madame, je ne vois absolument rien d’inquiétant « je lui aurai bien sauté au cou
J’avais repoussé ce moment là depuis si longtemps
Il fallait le faire, je sais, mais voilà, j’ai la trouille, peur du résultat
Une femme plutôt gentille avait auparavant passé chaque sein dans la photocopieuse , en les serrant dans un étau , heureusement que ça dure pas longtemps et que ça reste pas coincé , puis m’avait fait attendre dans un cabine , je déteste les cabines , et m’avait bien dit « ne vous rhabillez pas « , je déteste rester torse nu , la prochaine fois , j’apporte un peignoir
Et pendant cette attente là, mon cerveau est en ébullition
S’il m’annonce que qu’il a trouvé une tumeur, j’irai d’abord en parler au Docteur H, ensuite, je regarderai le moment propice pour l’opération, je pense fin Novembre, mais je raterai quelque chose début décembre, non ça va pas ça …. Si je perds mes cheveux, je porterai une perruque, ça oui …. De toute façon je gagnerai , oui , je suis forte , et puis , peut être qu’il n’y a rien , pourquoi s’en faire , j’y peux rien , c’est plus fort que moi , il est long à venir ce résultat , oui , je sais , c’est une chance cet examen , mais bon , ça me coute ….
Pendant des années, on m’a dit et redit « un cancer du sein, c’est héréditaire « alors depuis tout ce temps, j’ai l’intime conviction que ça me tomber dessus, puisqu’on me l’a dit, y’a pas de raison
A un moment donné, lasse de porter ce poids non fondé, j’ai totalement caché à la grande médecine que ma mère avait eu un cancer du sein à quarante ans, je mentais, et ça ne me gênait pas, puisque de toute façon, on m’avait prévenue
N’allez pas imaginer que je suis hypocondriaque, j’ai une santé de fer, je fuis les spécialistes du genou, de la rate et de l’orteil …
J’ai cette faiblesse là, je l’apprivoise petit à petit, je l’accepte, me secoue quand vraiment je me trouve lâche, et essaye comme je le peux d’être réceptive et disponible à ceux qui passent par ces terribles chemins, nez à nez devant le Crabe