L’été, nous ne partions ni en vacances, ni en colo
Au mieux deux ou trois jours chez mes grands parents à Bricquebosq
Ma mère avait besoin de nous sentir à ses côtés, je crois qu’elle avait de fortes angoisses de mort jamais dépassées, elle vivait mal les séparations
Dans le hangar nos jeux étaient simples
Nous avions un laboratoire secret
Des fioles, des pipettes, des seringues récupérées dans les poubelles, des têtards dans un bocal, des vieux feutres usagés dont nous ôtions le tube en mousse à l’intérieur pour tinter nos potions, et les journées passaient
Avec Louis, nous avions un imaginaire fertile, on s’ennuyait rarement, avec peu ou rien nous partions dans des univers variés, inspirés par les frère Bogdanoff ou Michel Chevalet
A cela venait se rajouter le temps passé à regarder les poules , leur inventant un statut , un nom , idem avec les lapins , on habillait les cochons d’inde avec les vêtements de poupée , tout cela s’en suivait d’un petit tour à vélo , ou à pied , sous le pissoir à côté de la maison de Louisette , la vie était protégée , paisible
Ma mère nous laissait libre dans ce hangar, jusqu’au jour ou …. Le foin était rentré, ça sentait bon, mais on n’avait plus de place, les balles de foin débordaient presque, il fallait trouver une autre étable moins spacieuse que ce fameux hangar
En ce temps là on se préoccupait pas des allergies, des risques de santé, nous mangions les restes, nous étions piqués par des tiques, parfois même un frelon ou une guêpe et on prenait garde aux vipères, la mort au rat et la taupicide nous faisait peur
A force vivre au grand air en compagnie de cochons, de chat de chiens, de vaches et autres bestioles, sortir par tous les temps sans bonnet ni cache nez, la parka grand ouvert, à passer d’une pièce surchauffée à une autre, glaciale, je me suis immunisée
Alors que cette période protégée de l’enfance aurait pu être une bulle fragile qui aurait pu être à tout moment explosée, je me suis forgée une bonne carapace
Jamais de rhume , ni angine , ni gastro , rien , les microbes et les saletés , je les ai domptées , pas chassés , amadoués !
Il est grand temps de laisser les toutous faire des papouilles aux enfants ,de laisser les chats ronronner paisiblement près des nourrissons , d’arrêter de dire aux petits cent fois par jour « va te laver les mains « , de balancer le gel hydroallergoallergénique et de reprendre le cube de savon , de virer les écharpes et les bonnets en plein d’octobre , de stopper les consultations de 50 spécialistes de lait d’ânesse , de soja ou chèvre , de ne pas centrer , concentrer l’enfant comme un être fragile et vulnérable , de donner des gamelles pour la bouillie bouillasse , de faire preuve de vigilance face aux vrais dangers ,de laisser jouer , de laisser inventer , de laisser vivre ….les gosses