Ma grand-mère maternelle était curieuse, elle aimait se cultiver, et avait une peur inouïe de la maladie .Je crois qu’elle ne pouvait pas se résoudre à devoir un jour être dépendante, ne plus bouger .Elle bénéficiait d’un voyage gratuit en train par an, grâce à mon père salarié à la SNCF, elle emmenait mon grand père sur tous les lieux de pèlerinages possible (Lourdes, la Salette, Rome …)
Nous allions chez mes grands parents très souvent.
Un jour alors qu’elle venait d’acheter un Larousse en couleur, mon frère lui dit « oh il beau ton dictionnaire ! »
Elle lui répondit « il te plait et bien vas t’en avec ! «
Mon frère rapporta le dictionnaire à la maison, elle en acheta un autre la semaine suivante à Cherbourg.
Pour calmer sa peur de la maladie, elle avait acheté un dictionnaire médical.
Il m’arrivait de le feuilleter , il y avait des planches avec des photos représentant en détails les maladies de peau , la gale ,les érythèmes,les infections en tout genre.C’était l’horreur ,des croûtes ,des escars sanguinolents et putrifiés .
Je refermais l’encyclopédie avec effroi, terrifiée d’attraper ce genre de pathologie.
Je pense que l’on peut trouver ce genre de chose sur Internet, ce n’est pas forcement la base idéale pour consulter en cas de doute.
Ma grand-mère un jour a fait un malaise, elle refusait le médecin, les médicaments.
Elle fut hospitalisée 5 jours et mourut brutalement d’une embolie cérébrale.
J’avais douze ans, j’avais fait ma communion en juin, elle est partie en Octobre.
Je ne sais pas comment elle aurait vieilli ,aurait elle supporté de nous voir grandir, je pense que nous aurions gardé avec elle ce lien unique , cette fascination mutuelle , cette attirance profonde ,elle serait devenue un peu aigrie sûrement ,elle perdait la mémoire , elle aurait souffert de perdre sa tête …
Nous avons gardé d’elle que le meilleur, je n’ai pas pu accepté ce départ prématuré, les années qui suivirent furent douloureuses, mon grand père inconsolable survécu 5 ans sans elle.
Quand j’ai visité le musée Dali à Figuéras, j’ai vu les "montres molles "et "la girafe en feu".
C’était familier pour moi, je les vus ces tableaux reproduis des tas de fois dans le fameux Larousse en couleur ,j’y voyais les nymphéas de Monet, mon œil hypnotisé par l’art avait enregistré les œuvres .Plus tard, je découvrais Bonnard, Berthe Morisot, Mary Cassatt, les Delaunay, Kandinsky, Calder …
Je tiens cela d’elle, de cette grand-mère qui m’a transmis sa curiosité, sa soif de connaître, son désir de découvrir … et sa grande générosité .