J’étais arrivée depuis quelques semaines dans notre ville, me voilà prise d’une horrible rage de dents
J’appelle les dentistes nommés dans l’annuaire, et à la question « êtes vous déjà patiente de monsieur.. ? » je m’entendais dire « non-madame, on prend plus de nouveaux patients «
Une femme décroche et me dit « venez tout de suite, on ne laisse pas souffrir les gens «
Soulagée, je m’y rends, je la remercie de tout cœur, et le dentiste me soigne sans douleur.
J’y retourne plusieurs fois, je sympathise avec l’assistante dont la fille souhaitait devenir éducatrice de jeunes enfants.je la prend comme baby sitter, une fille adorable.
Je suis restée fidèle à ce dentiste, c’est un brave homme, un bon bougre, gentil, souriant mais il m’énerve !
-d’abord il prend plein de rendez-vous, donc je poirote une heure dans la salle d’attente
-il se plaint sans arrêt.
Il a ses raisons, il n’a pas une vie facile, il ne peut pas aller à St Malo toutes les semaines, à cause du temps et profiter de son bateau.
Ses dernières vacances, il est rentré épuisé, deux semaines dans une villa chez des amis à Ibiza, puis un passage sur la côté d’Azur « c’est trop » m’a t’il dit, « je suis crevé ! » à son retour en septembre .
Installée sur le siège, je lui demande s’il prenait ses vacances en août« Oui, deux semaines en juillet et en août, j’en ai besoin. Je ne vous ai pas raconté, je me suis cassé l’épaule, bêtement au ski, oh je n’ai pas voulu vous le dire la dernière fois, je n’en peux plus «
Sous le son de Radio Classique, bercée par le bruit des machines, il raconte, en détails les démarches, les soins, qu’il a consulté les plus grands spécialistes, oui il connaît le milieu, il a ses entrées, 10 ans de rugby (4 fois ), c’est bête, bla, bla, il a pris du poids …bla bla..
Je décroche, je suis hors service , je n’écoute plus, ça ne m’intéresse pas, j’ai d’autres préoccupations, je hoche la tête, je crache dans le petit lavabo, il continue," ils veulent m'opérer, je sais pas trop..." bouche grande ouverte, je suis ailleurs.
Voilà, c’est fini, il clos le monologue en rappelant que ses enfants faisaient une brillante carrière d’ingénieur.
Je reprends un autre RDV, en juillet, je reste fidèle, il ne fait jamais mal, c’est quand même essentiel, mais je me demande dans quel monde il vit ?
Pas le mien, pas celui non plus de la France d’en bas..
Il m’a dit que sa retraite sera dure, il devra travailler longtemps, et puis il n'a même pas le temps de manifester, contre les retraites, le pouvoir d’achat, bla bla bla.
C’est tout pour aujourd’hui …j’ouvre la porte de l’ascenseur, il a fait un détartrage ,c’est agréable .