
Jérôme a invité des collègues allemands pour un apéritif, chez nous chacun invite à sa guise, sans forcement demander, c’est une chose qui va de soi. Il fallait juste qu’il s’assure que je serai présente, non pas pour faire la conversation en allemand mais pour préparer les amuse gueule
Parler en Allemand, impossible, 6 années, il ne me reste rien.. absolument rien
J’adore recevoir des expatriés, collègues de Jérôme
Il y a quelques années, il avait invité des espagnols, adorables, elle Adélaïde, était très habituée à la vie citadine de Barcelone, elle déprimait ici, surtout elle appelait les taxis avec sa main rue de la Paix, et... personne.y’en a pas ici, ou très peu à la gare
Ce charmant couple nous avait reçus quelques jours à Barcelone, comme des rois, ce fut fabuleux
Les Allemands étaient très sympathiques, ils parlaient français, nous avons eu un vocabulaire commun (chinchillas : elles provoquent mes bestioles beaucoup d’admiration et d’étonnement ) et nous avons causé durant deux heures de leur intégration, de leurs projets .
S’intégrer dans un pays, plutôt facile pour l’homme qui en général a un travail qui le passionne, et des échanges quotidiens, mais la femme ??
Il y a quelques années, Jérôme avait une opportunité d’aller travailler aux USA, près de Détroit (oui ce n’est pas la Floride ) je lui avais clairement dit que je ne l’envisageais pas du tout, avec les enfants, que mon diplôme ne serait pas reconnu, que je vivrais sans doute en appartement (c’est inconcevable, j’étouffe ) que , comme beaucoup de femmes d’expatriés, je fréquenterais des françaises, que je n’aurai pas choisi, que je ne pouvais me séparer de ma famille, des mes amis, bref, c’est niet !
Ce midi là, lors d’un repas familial, belle-famille je précise, nous évoquions le sujet
Mes belles sœurs et ma belle-mère, au diapason se mirent à me faire moult reprocher quant à mon refus de partir à l’étranger
J’avais beau argumenter avec franchise, reconnaissant mes propres limites, je passais pour une briseuse de carrière professionnelle
C’était absolument insupportable, de voir tant d’acharnement, et je ne voyais pas comment Jérôme pourra être heureux dans cette vie professionnelle si sa famille, sa femme et ses enfants subissaient cet exil
Ce qui me mit le plus en colère intérieurement, c’est que je savais qu’autour de cette table, aucun, aucune n’aura pu faire la démarche de partir, leur discours n’était que théorie, l’illusion qu’ils se donnaient d’être de grands baroudeurs
J’ai vite capitulé et je n’ai pas tenu tête, restant sur mon choix, celui que j’estimais sincère, ayant eu aussi à renoncer à des postes à responsabilités, mais je n’en parle jamais, car dans le domaine de la petite enfance, il existe un tel mépris que je préfère rester muette.
Partir à l’étranger, l’American Dream, beaucoup de candidats, et peu d’élus, c’est comme Arte, tout le monde regarde, mais c’est TF1 qui explose l’audimat …
Un jour Jérôme a rapporté une bouteille alcoolisée offerte par un collègue tchèque, César et Gordon ont fait une tentative, je crois.. imbuvable, nous l’avons déposée dans l’armoire à pharmacie, au cas où le désinfectant venait à manquer .
Il n’a jamais invité de japonais.. Ils ont trop de soucis..
J’adore recevoir des étrangers à la maison..