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    Le père de Jérôme, Armand   admire ses petits enfants

    Il peut le faire, il en a 11, âgés de 6 à 21 ans

    Il admire  leurs exploits, les mentions, les réussites aux examens, leurs prouesses sportives.

     Il met en avant, le nombre de but marqué, va voir une  nièce en match de basket, se réjouis de leur force, un autre très agile en gymnastique..

    Comprenez bien que les nôtres, pas plus sportifs que ça, n’aient pas grand intérêt à ses yeux.. cela n’empêche pas son affection, pas démonstrative certes mais présente.

    Oh, ça m’est égal.

    Pas tant que ça, Jeanne, sinon tu n’en parlerais pas..

     

    C’est vrai, j’aimerais qu’un jour, ils aient eu envie d’écouter Mark au piano, voir Ellen au théâtre, ou ailleurs.. mais il n’y a pas de vainqueur, de winner dans ces trucs là, alors à quoi bon ?

     

    Le problème c’est qu’il a le même regard sur ses enfants sur leur réussite professionnelle.

    Ils reçoivent beaucoup de considération en fonction de leur carrière

    Il est fier de Jérôme, il a eu un parcours exceptionnel, mais qu’as t’il fait pour ça ?

    Armand est  un homme très inventif, audacieux, il construit des tas de trucs, des engins, qui marchent, une éolienne, se persuade que bientôt il revendra son  l’électricité, c’est un homme passionné, passionnant

    De ce fait, ses filles et son fils,  donnent beaucoup, beaucoup pour leur travail, elles en parlent énormément, y passent beaucoup de temps et par chance ont trouvé un homme (ou une femme, moi )plutôt disponible pour la gestion du quotidien.

     

    J’ai un travail, il me plait, il ne me prend pas tout mon temps, mais il n’est pas vraiment  reconnu.

    C’est un travail qui demande  une bonne connaissance de l’enfant, et surtout une gestion de groupe puisque mes stagiaires ont  de grandes différences sociales, certaines ont un niveau maîtrise, d’autres n’ont pas le Brevet des  collèges .

    Je n’en parle jamais en famille, on ne me demande pas, ou peu, ce n’est pas rentable, il n’y a pas de course.

    C’est parfois un peu humiliant, mais c’est ainsi, j’ai un peu l’impression d’être prise pour une écervelée, je fuis de plus en plus les regroupements, je reste muette..

     

    Je pense que pour beaucoup le statut professionnel reste une carte de visite, « tu fais quoi ? « 

    En fonction de la réponse, on relance, souvent pour parler de  son propre travail.

     

    Je ne m’inquiète pas pour l’avenir de mes enfants, ils ont un peu de ressort, ils feront leur chemin, ils ont l’air épanouis.

    Je ne veux pas les juger par leurs résultats, j’essaye de  les encourager, leur donner le sens de l’effort(ce n’est pas acquis , ils n’ont pas la même force pour se battre que les générations précédentes ),sans les faire briller que par la réussite.

    Je n’ai pas reçu ça, j’ai rarement été félicitée, jamais encouragée, le chemin c’est fait tout  seul je ne sais par quelle volonté, la route fut dure, souvent, très dure ..

     

    Difficile de trouver l’équilibre, reconnaître, ne pas encenser avec excès, donner l’envie..

     

     

    Je  les considère pour ce qu’ils sont. ce qu’ils vont devenir , ils récolteront aussi leurs propres semences .