
Il y a quelques années, j’ai enfanté d’un ange, un angelot bien dodu de plus de quatre kilos, costaud, en pleine forme.
Mon ange souriait, riait beaucoup, dormait comme un loir.
Parfois je culpabilisais de ne pas m’en occuper autant que sa grande sœur, son frère, et puis je me disais que mon ange vivait autre chose, cajolé par eux, très admirée.
Je n’obligeais personne à l’aimer, ça non, personne, ni à la regarder, elle était à mes yeux mon cadeau, ma dernière maternité
Je la nourrissais, la berçais, j’étais toute heureuse de ressortir les vêtements d’Ellen, de revivre ces petits rituels.
Au fil des ans, mon ange a muté, un petit diable, colères, cris, elle s’opposait
Je me trouvais confrontée au jugement dernier, « elle lui cède tout « , » c’est la dernière.. "» « elle fait ce qu’elle veut «
Quand mon ange souffrait, j’avais mal, je ne baissais pas les bras, je trouvais du réconfort auprès de mes amies et Jérôme qui m’aidait à accepter, assumer.
Je n’obligeais personne à l’aimer, juste la respecter
Je savais qu’il fallait du temps, que c’était passager
Je lui faisais confiance, lui répétant sans cesse « je suis là pour te protéger «
Le petit démon s’est envolé, et mon ange a repris ses ailes, mon ange est devenu câline, docile, sensible.
Son frère et sa sœur lui laissèrent plus de place, mes bras lui étaient ouverts, tout le temps, mon cou était son réconfort, son nid, elle commença à mettre des mots sur tout .
Mon ange parle, dit, avec un vocabulaire exceptionnel, ce qu’elle ressent, ses tracas, ses peurs, ses grandes joies, et remercie, m’aide, elle danse, elle chante, exprime sans aucune resserve sa joie, sa tristesse
Mon ange vit dans ses rêves, elle plane, enfile ses ailes roses et pailletées et s’évade, plane, vit dans sa bulle
Je l’aide parfois à revenir dans notre vie.
« Tu es là pour me protéger.. »
Sous ma couette, Rose se blottit, elle m’attrape par le cou, serre fort, et lâche ses deux mots
« Ma Mère «
Je suis la mère d’un être d’exception, ma Rose est mon bonheur, ma tendresse, je l’aime d’un amour indéfinissable,
Tous les soirs, Jérôme va la voir pour éteindre sa lumière, il ne laisse cette place pour rien au monde, c’est son geste à lui, voir sa petite fille, sereine, endormie
Je n’oblige personne à l’aimer.