Gaëlle et Martine étaient dans ma classe au collège
Elles étaient inséparables, toujours au fond de la classe, elles avaient des habits à la mode ( comme dirait Rose ) alors que moi j’étais fagotée comme l’as de pique
Elles n’étaient pas particulièrement bonnes élèves, elles ne travaillaient pas plus que moi, mais à chaque fois qu’elles étaient interrogées par Madame Dawny, la prof de latin, elles donnaient rarement la bonne réponse, mais cela faisait sourire le professeur
A moi, comme aux autres, elle aurait lancé une vacherie ;à Martine et Gaëlle elle esquivait un sourire complice
Martine était la fille du principal adjoint, les parents de Gaëlle étaient artistes peintres et danseuse, ils se fréquentaient les uns les autres
J’ai vite compris que l’injustice, le favoritisme étaient maîtres en ce temps là
Je n’étais pas jalouse ni mesquine envers ces filles là, je me disais qu’au fond elles avaient de la chance, j’en voulais beaucoup à cette prof, elle était grande, sexy, provocante, elle avait un don inouï pour charmer ses collègues, les ados de quatrième fantasmaient sur ses jambes et ses bottes en cuir
Je n’ai jamais oublié cette femme, et je l’ai souvent revue, réincarnée dans d’autres personnages
Ces femmes, ou hommes, lotis d’une jolie bouille, d’un corps plutôt gracieux, d’un compte en banque bien fourni, qui se regardent avec amour le matin dans le miroir de la salle de bain, de l’ascenseur, dans le retro de leur voiture, se trouvent beaux, jusqu’en oublier que la terre est peuplée d’individus, certes différents les uns des autres mais qui ne méritent pas d’être écrasés comme des mouches
Ils sont parfois capricieux, fondent en larmes ou boudent quand on leur dit « non « , ne comprennent pas que toutes les décisions ne sont pas prises qu’en fonction de leurs désirs, abusent de leurs jolis yeux pour enguirlander les petits chefs
A ceux là, je ne souhaite pas grand mal
Mais juste faire appel à un génie maléfique, qui les transformeront l’espace d’une journée en pauvres femmes laides et rabougries
Dans la peau d’un moche, 24 heures, certains journalistes l’ont fait, dans la peau d’un noir, d’un intouchable, d’un SDF,
Juste pour qu’ils comprennent que le physique, le fric ne donne pas tous les pouvoirs, que bien des gens doivent se battre contre convaincre, que la beauté n’exclue pas la générosité, la compassion et la justice
Allez, pour ces « belles gueules « je suggère une journée dans la peau de Suzan Boyle, pas plus, je ne suis pas revancharde …
Je me demande comment a vieilli cette prof de latin
Elle mélangeait ses parfums, chaque passage dans les couloirs donnait la nausée
Je suis presque sure qu’elle ressemble à quelqu'un ....