En allant à la boutique de Paul, je suis passée devant le bureau de tabac, le vitre de ma Clio était grande ouverte, le patron, un homme courtois et gentil m’a saluée en souriant, et à cet instant, je me suis dit que le pauvre homme avait perdu une cliente
Au lycée, je ne sais pourquoi j’ai eu la curiosité de prendre une bouffée, puis une cigarette, je n’avais pas le droit, mon père me l’interdisait, mais à 16 ans, on essaye de choses, c’est normal, transgressions …

Mes finances ne me permettaient pas de fumer beaucoup , je taxais un peu les copains , pas trop , j’achetais les clopes les moins chères , mais dès que je pouvais , je revenais à mon paquet rouge ,mes préférées , on fumait partout , dans les couloirs , au foyer , c’était comme ça ..
Le pire c’était en colo, la cigarette nous accompagnait dès le midi jusqu’à tard dans la nuit, c’était nul mais c’était un plaisir de jeunesse
Etudiante, j’ai peu de souvenirs de blondes, mes copines ne fumaient pas, je laissais tomber cette addiction, et pas assez riche pour acheter non plus, même si c’était encore abordable
La cigarette détente, celle de l’apéro, celle du soir, m’a de nouveau accompagnée vers 20 ans, je n’étais pas une grande fumeuse, mais j’aimais ça, pas par besoin, mais par plaisir
Il y a eu des périodes avec et des périodes sans ...avec l'arrivée des enfants, des longues pauses de nicotine et la reprise quelques mois après la naissance de Rose
En 2000, le prix de tabac a flambé, être fumeur était presque perçu comme une tare, et si on plus vous utilisez votre voix comme instrument, impossible d’échapper aux leçons de morale
Quoi, tu fumes ????????
Hum … ce n’est pas interdit pas la loi ?
Je prenais ma première clope vers 17 heures, rarement plus de quatre dans la journée, sauf les soirs de fiestas
J’ai eu parfois des réactions étonnées, « toi Jeanne, tu fumes ? « Comme si ça ne collait pas au personnage, sans leçon de morale, juste un étonnement
Depuis quelques mois, je prenais de plus en plus plaisir à fumer, et l’étais donnée un ultimatum, à 50 ans, j’arrête !
Serais-je capable d’arrêter vraiment ?
Rose en était malade, elle me voyait agonisant sur un lit, impuissante, je ne trouvais rien à dire pour la rassurer même si la quantité de nicotine était faible face aux grand fumeurs
Un soir de Juillet, le soir même ou nous avions rendez vous avec le directeur du théâtre qui n’est jamais venu, je me suis assise dans le canapé, j’ai ouvert mon paquet, pris la dernière cigarette et … si j’en rachetais pas.
J’ai tranché, en silence, sans fanfaronner, prête à franchir le pas
Le lendemain, j’ai trouvé ça dur, mais … Pas question de craquer
Le surlendemain, je l’ai dit à Rose, puis à Ellen, à Mark, ils étaient heureux, si encourageants
Rose me dit que je serais irritable, elle s’affairait comme une dame de chambre pour m’aider dans les tâches quotidiennes
Puis, j’ai informé ma communauté sur FB, ma sphère amicale encourageante m’a beaucoup touchée par leurs mois, ils devenaient témoins, dur de revenir en arrière
Le soir venu, il fallait s’occuper, j’allais arracher de l’herbe, je pianotais sur mon PC, je cherchais à ne plus trop penser à ça, c’était quand même dur
4 jours, 5 jours, les invités n’avaient pas à se priver pour moi, les fumeurs avaient leur place, je devais ré apprivoiser l’odeur de la blonde
Et j’ai tenu bon
Me voilà fière de cette victoire, très fière de ce changement là, je ne reprendrai jamais, j’en ai profité, faut savoir dire stop
Les encouragements de ma sphère aimante m’ont bien portée, j’ai reçu beaucoup de mes enfants, c’est un peu le monde à l’envers
C’est ma victoire de l’été 2013, fallait aussi que je vous le dise
Trop fière la Jeanne !
Il était gentil le buraliste de la petite rue, mais je ne vais pas aller boire une Suze au comptoir pour causer avec lui.
photo du Net