Rose a laissé traîner son pyjama dans la chambre de sa grande sœur ; Ellen le garde avec elle, le met dans son lit, et s’endors avec, car elle aime l’odeur de sa petite sœur.
Sans se lasser, Rose joue au loto des odeurs. Le jeu consiste à ouvrir des petites boites, sentir et retrouver l’odeur reconstituée sur une image (orange, pin, cheminée, savon, muguet …)J’y retrouve des odeurs de médicament, et je suis hésitante car beaucoup d’odeurs évoquent plutôt le liquide vaisselle, le désodorisant WC ou le gel douche.
Nous jouons toutes les deux, elle adore.
Mes filles, moi et notre nez, c‘est toute une histoire.
Je les ai toujours emmenées dans les parfumeries, non pas pour acheter du maquillage Barbie, mais pour s’envoûter des odeurs de parfum, retrouver celui de leur grand-mère, le mien, un autre que je n’ai plus et découvrir de nouvelles odeurs, chiner un échantillon.
Chaque maison a son odeur.
Chez mes grands-parents paternels, l’odeur était très forte, une odeur de vieux, particulière. Un jour cette odeur est arrivée chez mes parents, le même, c’était incroyable. Quand je passe un WE chez eux, notre linge au retour est imprégné de l’odeur de leur maison, Ellen adore ça, elle me dit « mon pyjama sent encore chez Mémé «
Lorsque nous avons acheté notre maison, notre chambre était occupée par des fantômes
Enfin, nous l’avons cru, mon frère et moi (parce que Jérôme il ne faut pas lui parler de ça )et une forte odeur de personnes âgées revenait régulièrement
Il faut dire que cette maison appartenait à la même famille depuis cent ans
Il aura fallu beaucoup de temps pour éloigner cette odeur, en fait un jour j’ai même du me fâcher, priant les spectres d’aller voir ailleurs.
Si vous voulez vendre votre maison, à chaque visite, fait cuire un bon gâteau, fait revenir des oignons, pas d’odeurs artificielles, des odeurs qui rassurent, ces odeurs de cuisine simple. C’est ce que je conseille aux nourrices avant d’accueillir une nouvelle famille.
C’est mieux qu’une odeur de gras, de chien, d’humidité, ce que souvent on renifle dans les communs des immeubles.
Les odeurs familières évoquent des moments, des lieux, des personnes, certaines rassurent, d’autres nous angoissent, l’herbe coupée au printemps, le pain chaud, le café frais
Vous l’avez tous eu la prof que l’on reconnaissait à l’odeur de son parfum dans le couloir, et l’autre redoutable, mauvaise haleine, vêtements imprégnés par la sueur, masqués par la brillantine ( ça c’est le pire !)
Pourquoi les hôpitaux ne remplacent ils pas les odeurs d’éther par une odeur de croissant ou crumble, celles que les boutiques nous lancent dans les narines à chaque coin de rue.
Je crois que celle que je preferre, c’est l’odeur des bébés, l’odeur de mes enfants, et eux aiment sûrement celle de leur mère, cela explique alors que plusieurs fois par jour, ils se nichent dans mon cou, chacun leur tour, se gavent de câlins.
Rose se blottit contre moi, se colle, s’immerge, s’envoûte, s’enivre parfois, on est bien.