Mon frère souffre d’une maladie psychiatrique appelée Bipolarité .
Ce n’est ni tabou, ni secret, tout simplement très pénible parce que cette maladie pollue sa vie, l’empêche de vivre comme tout le monde, de travailler, sortir..
Ses journées sont ponctuées par des moments de calme, puis de grosses angoisses, des pensées morbides, du stress incontrôlé rien qu’à l’idée de vider une poubelle .
La bipolarité est peu connue, et implique des réflexions de l’entourage, faites de « il faut se bouger « « y’a qu’à « .. Et surtout de silences face à la maladie, on fait comme si. ..
Quand mon frère, après une période très chaotique m’a annoncé son diagnostic, je lui ai dit
-« tu as bipolaire, ah mais je connais, la mère d’Abby l’est aussi, ainsi que son frère «
Vous ne connaissez pas Abby Lockart, la femme de Luka, médecin au Cook County de Chicago ?
Notre complicité, nos années de vie commune ont forgé des liens très forts et un sens certain du calembour, de la Private joke et de la dérision .
Mon frère, très vif d’esprit, a une énorme faculté à faire rire son auditoire, et c’est une arme qui, malgré la prise de médicaments, reste très combative .
Un dimanche du mois d’août, nous emmenons les enfants au parc, devant la cabane des chèvres, il me dit
« -Tiens, un bouc émissaire ! «
ça me fait beaucoup rire, c’est spontané, bien placé, très fin
Mes enfants adorent son sens de l’humour, sa présence, ses terribles éclats de rire, pour rien parfois, ses imitations, non exportables, car trop ciblées
Il est drôle, très souvent totalement déprimé mais drôle, c’est un paradoxe total .
Du coup ; malgré cette maladie, il est entouré de ses amis, sa famille, et je crois que ce don, inné de la plaisanterie est une énorme bouée
Quand j’étais plus jeune, je le présentais à des amis, très vite, c’était le héros, la vedette, le personnage populaire, et on en redemandait, son public avait droit a des sketches improvisés qui suscitaient vite des larmes, des rires incontrôlés, et plein de joie .L’autre jour, il m’envoie ce mail :
En 1990, lors du sommet de Versailles, je regardais le défilé des 50 chefs d'Etat présents. Les policiers m'avaient interpellé et demandé de circuler, de rentrer chez moi, alors que c'était tout à fait mon droit que de regarder le défilé. J'avais envie de leur dire que j'étais venu pour voir le défilé, que je n'étais pas là pour me faire engueuler.
Je lis, ça me fais rire aux larmes, c’est bête, consciente que ça ne ferait pas rire tout le monde, mais c’est ainsi, un humour très interne que Jérôme a du depuis tant d’années accepter .Jérôme, lui rit plus souvent de nous voir rire que de la blague en elle-même .
Cette protection est fatale, rire, se protéger, me protéger, ne pas me laisser subitement ronger par le drame, la non-acception de la maladie, les projections, l’avenir …