
Mes premiers souvenirs remontent à l’école primaire, le jeu de la balle au prisonnier
Parfois nous étions obligés de jouer avec le maître, je n’aimais pas me prendre un ballon dans les jambes, je n’avais pas de force pour coller les adversaires, j’avais peur, j’étais peu motivée pour ce combat
Je rendais les armes très vite, au trou, prisonnière, je papotais avec Louis.
Au collège même scénario sous le préau,, il fallait passer à travers les balles, le champ de bataille était bruyant, j’agitais le drapeau blanc, rien à faire, j’étais touchée en plein cœur, je haïssais le ballon
Puis au sport, des grandes bécasses qui me gueulaient dessus, « allez tire « « passes la balle «
Personne ne voulait de moi dans son équipe de volley ou de basket, j’étais une vraie calamité, un boulet
Mais je ne n’avais rien demandé, on m’obligeait à faire, j’avais peur des balles
Etudiante, c’était la trêve, enfin je croyais
Jusqu’au jour où un copain eu cette belle idée
« On va au bowling ? «
Quoi, au bowling, m’arracher les doigts dans une boule qui pèse des tonnes et la lancer sur des quilles
Beurk, je ne sais pas viser, ça m’énerve, c’est long d’attendre mon tour et puis ces chaussons, je veux pas !!
J’avais enfin gagné le répit..
Et crier gare, je fus conviée à faire un mini golf
Au début je trouvais ça ludique, et puis au bout d’une demi-heure, ça m’ennuyait, viser, marquer des points, je n’ai jamais compris le principe
Allez, sans moi !
« Alors Jeanne, on fait une pétanque ? »
Une pétanque, ah oui, on a fait des pétanques sur la plage d’Agon, plein de fois, on rigolait bien, je n’étais pas mauvaise du tout, les pieds dans le sable, je suis si bien, prête à une reconciliation avec la boule
Ça ne dura pas longtemps, la pétanque à son tour m’ennuyait, je n’avais pas de motivation à viser juste et bien
C’est ainsi qu’un jour, définitivement je décidais, libre et heureuse de ne plus jamais être contrainte à toucher un ballon, une boule, une balle
C’est ce que je pensais jusqu’à ce jour, où la famille de Jérôme réunie dans un gîte au bord de la mer, proposa une balle au prisonnier sur la plage
Bien sur, assise sur le sable, j’étais bien. Je ne demandais rien de plus et j’entendais « Jeanne, tu viens jouer avec nous ? »
Non, non
Allez viens, c’est génial, on TOUS jouer, petits et grands, allez, un effort !!
Non, je ne ferai pas d’effort, c’est fini, terminé, lâchez-moi avec ce truc rond qui m’a pourrit la vie durant des années !! Je veux pas, je suis grande, c’est moi qui décide, sans moi !!!!
Et j’ai vécu, ce jour là, exclue une fois de plus du groupe mais libre, libre.
J’ai peur des balles, je vous le dis, j’ai même pas de gilet pare balle..