Le moment venu, il fallait écosser les petits pois sur la table jaune en formica de la cuisine
On aurait pu faire ça dehors, non, dans la cuisine
Ce n’était pas désagréable ces petites boules vertes qui s’échappaient de la cosse et qui venaient se coller aux autres dans le saladier transparent

Une fois cuisinés, je ne pouvais plus les voir, je les haïssais, même avec le jus d’un beau rôti de veau, je n’aimais pas les petits pois et il fallait les manger
« Quand je serai grande, je ne ferai jamais de petits pois «
On s’en fait des promesses quand on est gamine
Ma grand-mère servait toujours des petits pois en boite avec son poulet du dimanche, je préférais les frites, mais elle n’avait pas de friteuse
Elle servait aussi de la macédoine en boite dans des rouleaux de jambon en entrée
Accompagnée d’un truc gluant, huile, moutarde et sel, jaune d’œuf, qu’elle nommait mayonnaise
« Elle ne sait pas faire la mayonnaise « disait ma mère
C’était vrai
J’ai recommencé à manger des petits pois, avec des oignons et des lardons, j’aimais ça, pas rancunière ni bornée la Jeanne, c’était un plat comme un autre
Jusqu’au jour où lors de ma dernière grossesse, j’ai fait un rejet des légumes verts
Je n’ai jamais eu d’envie durant ces périodes là, mais certains aliments étaient absolument bannis
Et les petits pois, ce n’est jamais revenu
Impossible à ce jour de me faire avaler cette petite boule verte, terminé, fini, exit !
Même dans la paëlla, au pire en fermant les yeux
C’est pénible à balayer un petit pois, « avance ta chaise, fais attention ! «
Un petit pois écrasé encore pire, collé au balai, pouah, c’est mesquin, jusqu’au bout ils m’énervent les petits pois, en soupe, n’y pensons pas
En revanche, je n’ai rien contre le brouillard