A la caisse du supermarché Rosalie m’interpelle, elle est juste derrière moi, une poussette à la place du caddie ,
Je devine qu’il y a quelque chose dedans qui lui appartient
Ça fait plusieurs années que je ne l’ai pas vue, c’est une ancienne collègue, je n’avais pas vraiment d’affinités avec elle, je l’avais « oubliée «
Evidemment , je lui parle de son bébé , tout frais , tout rose , elle me dit qu’elle est heureuse , tant mieux , qu’elle n’y croyait plus , qu’elle en a marre de son boulot , que son mari grogne , et …
Je jette un œil sur le bébé qui dort, elle est heureuse de la montrer, et c’est bien normal
Elle parle beaucoup, en peu de temps, j’écoute, je range mes courses, et je paye, voilà, c’est fait
A aucun moment Rosalie me questionne sur mon travail, ma famille, rien, et je n’en suis pas surprise du tout
Y’a plein de gens comme ça
Je suis heureuse d’avoir quitté ce monde là, cette grande machine dans laquelle je me suis trouvée il y a quelques années, la fonction publique
J’ai parlé de ça avec ma Lilly , et je lui disais que j’avais beaucoup de chance d’avoir un environnement professionnel toujours en mutation , que l’ambiance avec mes collègues était vraiment joviale , qu’il y avait beaucoup de respect entre nous et que , oui , la relation avec les stagiaires est vraiment gratifiante
J’ai retrouvé Rosalie comme je l’ai laissée, toujours dans la plainte et toujours au même poste
Quelques heures plus tard, je le croise en voiture, un franc salut de la main, un sourire vivifiant qui allait illuminer ma journée
Trois secondes plus bénéfique que 5 minutes de bavardages vraiment fugaces …