
Certaines l’appellent moche mère, d’autres queen cactus, ou belle maman, moi je l’appelle par son prénom, Marianne
Comme vous, je ne l’ai pas choisie, on choisit l’homme, pas sa mère
Il en faut du temps pour s’approcher, se décrypter, ne pas froisser
Quand j’ai intégré la famille de Jérôme, les choses étaient plutôt facile, le chemin était débroussaillé, les cinq sœurs se montraient accueillantes, ouvertes et aimantes
J’étais la seule belle fille, la seule à prendre ce statut
Je sentais beaucoup de réserve, les gendres étaient plutôt chouchoutés, je composais avec cette réalité là , j’étais au banc d’essai .
Il me fallu affronter des tempêtes
Nous décidions avec Jérôme de ne pas inviter oncles et tantes à notre mariage, faire en petit comité, Marianne était vexée et semblait ne pas assumer ce choix auprès de ses frères et sœurs
Les vents s’apaisèrent
Au fil des ans, je lui donnais du réconfort, comme je le pouvais, parce qu’auprès d’elle les déchirures et les séparations étaient fracassantes
J’avançais avec nos différences, les désillusions, les mythes s’effondraient
Marianne n’aime pas les animaux, elle n’aime pas la chanson, elle aime la peinture, les fleurs, et sa passion c’est la couture
Alors on s’apprivoise, on se respecte, on s’encourage, on ne brusque pas, on rivalise, tant de choses nous éloigneraient, pourquoi se tourner le dos ?
Tout pourra être simple, pas si simple, on se choisit pas
Cela ne me tourmente plus, j’ai fait du chemin, je ne compte plus …
Ma mère n’a pas eu de belle fille, j’ignore quelle relation elle aurai tissé, je crois qu’elle n’aurai pas été simple
J’ignore si un jour j’ai une belle fille, si je serai capable d’aimer celle qui aimera mon fils
On ne se choisit pas, on n’est pas obligé de s’aimer, juste de se respecter, de s’apprivoiser …