
Début des années 80, ce jour là, toute la famille large est réunie autour de mes grands-parents paternels qui fêtent leurs cinquante ans de mariage
Une grand table, des gens endimanchés, tout ce que je fuis à l’époque, mais impossible d’échapper à ce rituel
Heureusement avec Louis, nous sommes installés avec la cousine Gina, une fille pleine de spontanéité, caustique, franche et moqueuse
Le moment tant attendu est arrivé, le grand-père, impotent, fait une tentative vocale
Ça fait des années qu’il chante la même chose, on ne comprend rien au texte, juste quelques mots qui s’échappent de temps à autre
Il est essoufflé, ça démarre mal, ma grand-mère panique, ce sera dommage de finir comme ça, il tousse, elle lui tape dans le dos, rien à faire, il capitule
Elle aime chanter ma grand-mère et elle se lance à son tour
Elle est touchante, visiblement heureuse
Elle commence sa chanson …
Et pour nous c’est le début de l’enfer
Sans le vouloir, sans l’avoir prédit, nous commençons à rigoler, c’est nerveux, terrible, le fou rire s’installe, pour Louis, Gina et moi
Rien à faire, on est écroulés, Gina attrape sa serviette de table, cache son visage écarlate dedans, les épaules de Louis sont quasi déboulonnées, je suis au bord de l’asphyxie
Nos regards sont fuyants, on ose plus bouger, on ne peut pas sortir de table, se serait un affront
Le regard assassin de la tante Margot nous achève, on ne se contrôle plus, les larmes coulent, la chanson nous semble éternelle
Ce fou rire fut sans doute le symbole de tout ce que nous avons contenu durant des années, tous ces faux-semblants, ce culte des anciens …
Ce fut ma dernière apparition publique dans une fête familiale …
Un matin, mon grand-père assis dans son fauteuil ne se réveilla pas
Belle fin..
J’étais en voyage, je ne fus pas prévenue, à mon retour il était inhumé
La fin de vie de ma grand-mère fut relativement dramatique
Après la naissance, les héritages, un mariage en or, qui resta malgré tout gravé dans ma tête
Mon dieu …………qu’est ce qu’on a pu rigoler..