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Chambre

Mi-Juillet, je vais me rendre à Nantes pour la journée. Ce jour là, je vais rendre visite  à Anne .Je me suis organisée pour faire garder les enfants, j’emmène d’abord Mark chez Juliette, puis Ellen chez Maria et enfin Rose passera la journée chez sa marraine  Sarah.

Je ne connais pas du tout cette ville, j’ai rendez-vous avec Lorenzo auprès de la gare.

Il m’emmène déjeuner, nous dégustons des tartines et parlons un bon moment. C’est le mari de Anne , il m’accompagne ensuite vers l’hôpital, me donne les consignes pour arriver à la chambre.

Dans un SAS je m’équipe d’une blouse, de chaussons, d’une charlotte et d’un masque stérile.

Le secteur hospitalier n’est pas hostile pour moi, je le connais un peu pour avoir fait un stage de deux mois quand j’étais étudiante et surtout pour être une fidèle adepte du Cook County de Chicago.Me voici donc prête et de toute évidence je ressemble à Elisabeth Corday.

Anne  est hospitalisée depuis deux mois, elle a subi une greffe de moelle osseuse et des séances de chimiothérapie. Je suis si heureuse de venir la voir, nous sommes amies et proches et avons tant de choses à nous dire. Je suis restée tout l’après midi avec elle, nous avons parlé de tout, des enfants, de la famille, des soins, de l’isolation, des amis communs …

Lorenzo a appelé régulièrement nous rappelant  que nous devions faire des photos. Nous avons savouré cet instant, avons beaucoup ri. Anne  se réjouissait de quitter prochainement la chambre stérile, retrouver ses enfants, reprendre une vie ordinaire.

J’ai eu beaucoup de mal à partir, je n’arrivais pas à la quitter, elle relançait sans cesse la conversation. Nous nous sommes embrassées tendrement avec nos mains, je suis rentrée vers 19h, j’ai retrouvé les enfants.

J’ai longtemps dit que depuis  ce jour je n’avais jamais revu Anne , je l’ai revue ce samedi de février reposant sur un lit, les yeux clos pour toujours. Je lui ai dit au revoir, terrassée par un chagrin incontrôlable, je croyais qu’elle aurait eu gain de cause sur sa leucémie.

Je pense à elle très souvent, à cette journée de juillet, si apaisée d’avoir vécu ce moment toutes les deux …

Commentaires

  • Je me souviens que tu avais attendue ce jour avec impatience et de l'importance que tu y attachais.
    Je me souviens de ce restaurant "à tartine".
    Je me souviens de ta grande familiarité avec l'univers médical.
    Je me souviens de cette sorte de jubilation à être passée dans la "série".
    Je me souviens que tu avais su aborder cette situation avec la légéreté qu'attendait Betty de ses visiteurs
    Je me souviens vous avoir appelées plusieurs fois pour les photos un peu pour partager votre complicité, un peu pour vous faire rire.
    Je me souviens que Anne avait aimé cet après midi en ta compagnie. Anne savait faire éclore ces perles de complicité au milieu de cette chambre improprement appelée stérile.
    Je me souviens bien sûr de cet après midi de février, de ton mari inconsolable pleurant dans mes bras, des moments d'éternité que Anne nous a offert, des changements qu'elle suscita en chacun.
    Le souvenir que tu gardes de cette journée me fait dire que la leucémie n'a jamais eu raison de Anne .

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