
Il était déjà tard, peut être une heure du matin, l’équipe d’animation avait préparé la journée du lendemain, mangé un peu, alors comme tous les soirs, je rejoignais Arnold dans son bureau
C’était le deuxième été, une deuxième colo avec, lui, il était directeur et il m’avait demandé d’être adjointe
Depuis le premier entretien , nous nous sommes rapprochés, nous ne nous quittons plus, passons des heures, une fois les enfants endormis, à parler, travailler aussi, divaguer..
Arnold adorait danser, j’adorais chanter, nous aurions pu créer une comédie musicale
Nous avions proposé aux enfants, l’été précédent, un atelier d’expression corporelle
Arnold avait crée une chorégraphie sur la chanson de Barbara « l’aigle noir « ces enfants plutôt rebelles et violents avaient trouvé plein de douceur et de grâce, à notre étonnement d’ailleurs.
A St Auban, la chaleur est tombée un peu
Arnold sort un vinyle de Barbara, nous écoutons la chanson, et il me demande de danser avec lui, de refaire cette chorégraphie restée encore dans notre tête .
J’accepte avec émotion, il est déjà tard, lasse je l’accompagne dans la grande salle d’activités, vide, enfin silencieuse
Il apporte un électrophone, lance le disque et commence la danse Les gestes sont d’une douceur inouïe, il règne une grande tendresse, ses mains sont douces, ses doigts effleurent les miens, je sens son odeur, son parfum, celui qui restera gravé si longtemps
Il n’y avait rien de plus délicieux , un tourbillon, la grâce …
Comme avant, dans mes rêves d'enfant,
Pour cueillir en tremblant,
Des étoiles, des étoiles…
J’aurais aimé prolongé cet instant
Je me suis longtemps remémoré cette relation si sensuelle si tendre , si douce ..
Depuis ce jour , mon corps fut scellé , vissé à ma tête , une autre personne faisait surface , j’avais rompu définitivement avec un héritage fait de moqueries , d’abaissements et d’humiliations .
J’avais mes propres ailes ..