
Cet été là, il fallait détendre les enfants, et leur offrir à eux aussi, leur boom, leur soirée.
Ils braillaient les « démons de minuit « à longueur de journée, le tube de cet été 86 .
Le soir venu, nous installons des spots de fortune dans ce château délabré, un bar avec du sirop, pas riche la colo, et les filles toutes folles passaient à la séance maquillage, les garçons passaient du gel dans leurs cheveux, beaucoup d’entre eux avaient une petite mèche à la nuque , c’était déjà un peu ringard, très populo ,ils portaient aussi une chemisette Hawaï et des shorts de footballeurs vert pétant , souvent beaucoup trop grands .
J’aimais voir les enfants heureux, on avait plein d’énergie à leur donner
Je n’aimais pas les animatrices, je les fuyais, je les trouvais démago, un peu pétasses.
Je passais mes journées avec les animateurs, j’adorais leur compagnie, leurs rires, ils m’adulaient.
Brutalement, une intro, un rythme, et nous voilà partis, comme des fous à danser, nos corps étaient électriques, on sautait, on se cognait les uns aux autres, les enfants virevoltaient autour de nous
Antoine était comme fou, le rire explosant, Jean Philippe se lassait aller, et moi, je sortais enfin de ma carapace, j’immortalisais l’instant, c’était du pur bonheur, je n’attendais aucun baiser, pas de slow langoureux, rien, rien d’autre qu’un amusement excessif.
Je rêvais réalité, ma réalité …m’alité..
C’était l ‘époque de l’inconscience, le temps des non procéduriers, d’Indochine et de Madonna
nous n’avions aucune crainte, aucune peur, nous vivions pacifiquement, généreusement .
J’avais vingt ans, mes études étaient finies, j’étais bien, tellement bien là, avec eux
Tellement bien loin des autres .
Arnold dansait sur un titre de Dire Straits avec sensualité, ça me rendait dingue quand même..
Et très vite, nous avons retrouvé notre place, notre rôle, surveillant, traquant les salles gosses, leurs bêtises. ..
A chaque fois qu’elle entend l’intro, Rose est toute folle, elle aime, elle adore.. et moi, à chaque fois, je revis cet instant, jusqu’au jour de grâce, à un concert où la voix c’était celle de l’artiste, la vraie, j’étais toujours folle..