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  • Soirée d'Enfer

    Il y a plusieurs mois que j’ai pris mon billet, je me dirige avec Juliette dans la Salle polyvalente étouffée parmi 4500 spectateurs venus revoir l’artiste absent de la scène depuis quelques années.

    Nous restons debout, attendant sagement qu’Il fasse son entrée sur scène, le décor est beau, une place de village et ses commerces, un café …

    C’est un événement pour nous car l’artiste fait son retour dans cette salle, c’est la première de sa tournée, j’ai le cœur qui bat, lui aussi sans doute, il doit être mort de trac.

    Une cure de désintoxication l’aurait conduit chez nous, dans un petit village, bien à l’abri des curieux, un petit clin d’œil peut être ?

    Je regarde autour de moi, le public, des ados, des couples, des quadra et bien sur des fans portant le bandana rouge et le cuir noir. C’est émouvant de les voir piétiner, ils l’ont attendu leur chanteur..

    Il fait son entrée sur scène, bredouille, chante en parlant, on comprend à peine le texte, sa voix est frêle, incertaine, il ne chante pas juste..

    Le public est exalté, l’accompagne, l’encourage, le porte.

    Au bout d’une demi-heure, il parvient à chanter les titres de son album, il rend hommage à son ex femme présente dans la sale, sa Lolita qui est devant lui.

    Les titres s’enchaînent, j’attends la «  ballade Nord Irlandaise  «  , j’adore.

    Autour de moi les fans chantent, crient, réclament Hexagone !!

    Je ne l’ai jamais vu sur scène auparavant, je l’ai découvert avec mon ami Léo et Chloé qui l’écoutait aussi. Il incarne pour moi une époque, je crois qu’on aime ou on déteste, il est critiqué pour ses propos certes un peu démago mais je suis restée une inconditionnelle, je l’aime, je suis touchée par sa vulnérabilité, sa force …

    Cette soirée a marqué les esprits de tous ceux qui étaient dans la salle, j’en ai souvent reparlé avec d’autres lavallois très émus d’avoir partagé ce retour avec lui.

    Quelques temps plus tard, on visionnant le DVD de la tournée, je vois le premier spectacle, à la salle Po, je suis émue, heureuse de le voir s’installer sur cette scène que je connais bien ;

    Je le voit aussi dans les coulisses, ces coulisses que nous arpentons tous les ans, je suis fière de marcher sur les pas d’un homme qui me fait vibrer par ses mélodies.

    La plus belle reste pour moi « mistral gagnant « , j’ai vécu cette soirée d’enfer comme un pur moment de bonheur ,je suis retournée le voir cette année , comme une copine fidèle qui revient faire un salut à un vieil ami ..

  • Le virage du cimetière

    Nous roulons avec mon père dans l’ami 8 en direction de Cherbourg, le virage du cimetière me donne mal au cœur, je ne dis rien, ça va passer..

    Nous allons voir ma mère qui est dans une clinique depuis plusieurs jours.

    Ma grand-mère vient tous les jours chez nous pour s’occuper de la maison, mon père n’a pas voulu se séparer de nous pendant l’hospitalisation.

    La clinique est vétuste, ça sent mauvais, des odeurs d’éther, de produits d’entretien ; je déteste cet endroit. Dans la chambre, je retrouve ma mère qui marche un peu, elle est en robe de chambre, c’est ma grand-mère qui lui a cousu, je l’ai toujours vue dedans.

    Ma mère ne se plaint pas, elle ne semble pas souffrir, elle patiente, attend le retour à la maison. Elle vient de subir une ablation du sein, elle a avec elle deux compagnes de chambre, dont une vieille dame hargneuse avec qui elle se lie d’amitié. Elle est énorme cette dame et sa présence me gène, pourtant cette compagnie rassure ma mère.

    Nous ne restons pas longtemps, le dernier jour je me souviens que nous avions pleuré au retour à la maison. Ma mère souffrait en silence, ne trouvait aucun réconfort, aucun appui du corps médical 

    Cela se passe dans les années 70, à cette époque, aucune prise en charge psychologique, pas de suivi. Je n’ai jamais rien exprimé  de cette épreuve que nous avons vécue, solidaires les uns des autres.

    Ma mère a vaincu contrairement aux deux femmes qui n’ont pas survécu du même cancer.

    Les années qui ont suivi furent difficiles, radiothérapie, dépression…

    A 40 ans ma mère a changé de vie, elle est devenue fragile, anxieuse, vulnérable.

    Je sais que j’ai grandit avec cela, j’avais 12 ans au début, j’ai fait du chemin depuis, je me sens plus forte pour affronter les choses, accorde de l’importance à ce qui en vaut la peine …

    Je me souviens toujours du virage de cimetière, celui que j’ai repris plus tard à pied des centaines de fois pour aller au lycée

  • Pourquoi militer ?

    Ce jour là, je rejoins un groupe de militants qui autour du candidat se sont regroupés dans un quartier populaire de notre ville. L’opération consiste à aller à la rencontre des habitants en vue de  connaître leurs attentes pour l’avenir et surtout convaincre des bénéfices que nous tirerions d’un changement prochain de municipalité. Je récupère un badge spécialement conçu pour les élections municipales, il est assez joli, sobre et discret, je l’accroche à mon manteau et avec les sympathisants je vais à la rencontre des, ou du rare habitant qui a osé mettre le nez dehors. Il fait un froid de canard, je n’amuse pas le service, je papote un peu, comme toujours partout ou je passe …La nuit tombe déjà, je reçois un appel de Paul et je me rentre au chaud à la maison. Je viens de faire une demi-heure de militantisme …

     

     

    Deux jours plus tard, je me rends sur mon lieu de travail, un peu à la bourre, je ne supporte pas l’idée d’arriver en retard. Je suis en évaluation, enfin, j’évalue mon groupe des stagiaires individuellement, un peu comme le jury de la Nouvelle Star.Je me suit habillée un peu mieux que d’ordinaire, je porte un ensemble pantacourt et veste, un pull col roulé noir, mes sublimes bottes que j’adore et le collier africain que j’avais acheté à un marché de Noël quand nous avions fêté par surprise les 40 ans de Lorenzo.Maquillage de circonstance, bref mon costume de pro, je suis bien. Je récupère les sujets quand tout à coup, horreur le bouton de mon pantalon lâche, tombe avec arrogance au sol. Au secours !!

    Il est 8h30 pas question de passer la journée comme çà. Je réfléchis : habituellement, j’ai mon sac à main dans lequel j’ai toujours un kit de secours de couture, comme Poule Rousse au cas ou je serais attaquée par un renard ou un Père Noël pervers !

    Dans la précipitation, j’ai lassé mon sac à la maison, je n’ai pas d’épingle à nourrice.

    J’aperçois mon manteau au dos d’une chaise, je n’ai pas retiré mon badge et je ne dois en aucun cas afficher ma couleur politique sur mon lieu de travail..

    Ça ne fait qu’un tour dans ma tête et voilà, vous avez deviné, j’accroche le badge de soutien à notre candidat à mon pantacourt et le tour est joué, je ne perdrais ni la face, ni mon pantalon !!!

     

     

    Alors je vous le dis «  ça sert de militer dans toutes les circonstances « 

  • Tourbillon

    Avec Rose, je suis allée chercher un sapin, c’est de saison dirions-nous. J’avais décidé d’acheter un Nordmann , c’est ce que j’ai fait. Rose était pressée de voir tous les animaux à la jardinerie, elle me dit « maman, on pourrait acheter un Perroquet ! »

    Ça me fait rire, comme si on n'avait pas assez de bestioles dans notre ménagerie, entre les chats, les lapins, les cochons d’indes, les hamsters …j’adore cette spontanéité. Nous rentrons toutes les deux dans l’espace réservé aux décorations, elle aperçoit  un père Noël, un automate plus haut que moi, bien moche, limite perverse, elle a la trouille, je lui explique que c’est une machine, rien n’y fait, elle veut sortir de là ; Nous choisissons notre sapin et la vendeuse le ligote dans un sac et en voiture !!!

     

    Hier je suis allée faire quelques achats dans une grande surface.

    En sortant du parking, un homme traverse devant moi, je le laisse passer, il me regarde, se met à m’insulter pendant que j’attends bien sagement au volant …j’ai le cœur qui se met à battre à toute vitesse, je sais que je ne peux rien faire, je redémarre et pars dans mes pensées. Pourquoi cette agressivité si brutale, gratuite, qu’est ce qui pousse un homme à violenter une femme sans raison…je roule sans réponse..

    Je continue mes achats, je rapporte un vêtement à échanger dans un magasin, à la caisse, j’attend les formalités, j’observe les clients.

    Un homme assez âgé, un peu roux passe en caisse, il vient d’acheter onze petites culottes et strings d’adolescentes blancs. Il a le droit bien sûr, ce n’est pas un délit, je ne vais pas lui faire la leçon, il tremble, je le fixe du regard, il est mal à l’aise mais fait semblant de blaguer avec la caissière ;

    Je suis aussi mal à l’aise, je me dis que cet homme est sûrement fétichiste, mais je ne peux pas m’empêcher de penser aux enfants, d’habitude, cette situation me ferait un peu rire, ça tourne encore dans ma tête.

    Maggie passe prendre un café, elle attend Salomé qui rentre de San Fransisco le lendemain, elle est ennuyée de travailler les jours ou sa fille sera là, je la comprends, elle aimerait profiter d’elle avant qu’elle ne reparte faire une saison en montagne.

     

    Pour me divertir un peu, j’allume la télévision en soirée : le feuilleton Kadhafi continue, c’est trop, trop d’hypocrisie, cet homme sûr de lui, une tête de malfrat has been et l’honneur de la République.Je suis révoltée, j’ai honte, tant de mensonges.j’ai encore plus de regrets.

     

    On est mardi, je pars chanter, retrouve ceux qui m’entourent, mes amis Léandre, Elisabeth, Clotilde, Paul, Thierry, Pierre Alain, Eléonore, Théodore.plein de visages heureux, rassurants, je suis bien, je chante sans penser …ma tête retrouve la paix …

     

    Je revois ce père Noël de la jardinerie, je ne peux m’empêcher de repenser à l’homme aux petites culottes, je ne parle à personne de tout ça, ça ne se raconte pas …

    Noël, fête de la Nativité ou le fils de Dieu est venu. Dieu je veux bien y croire encore, mais l’Homme, je crois que c’est fini.

  • Tatas, nounous et compagnie...

    Beaucoup de parents, un jour se trouvent confrontés à une étape essentielle et incontournable, faire garder leur bébé :

    Ils ont parfois le choix entre l’accueil collectif (crèche) ou bien individuel. Dans le cas dernier, ils ont souvent recours à une personne qui exerce à son domicile, ils vont alors l’appeler, la nounou, ou bien Tata..

    En vérité cette personne est assistante maternelle, elle reçoit une formation et depuis cette année sa formation est passée à 120 heures avant d’exercer ,avec une évaluation individuelle.

    Pour former ces personnes, il fallait trouver  quelqu’un ayant bien sûr une expérience dans le domaine de la petite enfance, à l’aise dans la formation adulte et bien sur dotée d’un baratin contrôlé mais assez subtil.

    Alors  j’ai répondu présente, j’avais, je crois ces qualités requises et me voilà devenue la « Super Nanny «  des nounous.

    Dans un premier temps, je leur conseille de se valoriser, d’être professionnelles.

    Fini le cliché de la nounou un peu ronde, pas toujours futée,qui s’habille chez Décathlon, qui est gentille, qui s’occupe bien des enfants (en même temps qu’est ce qu’elle pourrait bien faire d’autre )et puis elle est chez elle et puis ça lui fait de l’argent de poche, et elle dépanne ………j’en passe.

    « Mesdames, bannissez définitivement les mots Nounou et Tata, respectez les parents, faites vous respecter, travaillez votre cohésion éducative. Posez des limites, expliquez pourquoi, respectez l’enfant, ses émotions, ses capacités, son affectif.. »

     

     

    Vous serez sans doute surprise de connaître le parcours des futures assistantes maternelles que je forme. J’ai tous les  niveaux, de la maîtrise, licence, DEUG, Bac, niveau 3 eme et parfois moins, pour les femmes d’origines étrangères qui sont en difficulté avec le Français.

    Et tout ce cocktail se retrouve pour une quinzaine de jours en formation par groupe de quinze, et c’est extraordinaire : ça marche !!!!

    Des liens se créent, des éléments moteurs tirent les plus réservées, au final plein d’échanges se font avec au milieu de ça ,Jeanne qui transmet avec passion ses expériences, avec humour les emmène dans des petites histoires succulentes. Elles écoutent, avalent mes mots, je ne manque pas parfois un peu de mise en scène, c’est encore mieux pour tenir le public. …

    Je les aime, je rencontre des femmes dotées d’un bon sens, d’une envie de faire » bien », découvrant les bases de ce qu’on appelle la pédagogie.

    J’ai gagné aussi de par mon histoire, cette capacité à intégrer différents mondes, la ruralité entre autre, sans juger, avec disponibilité et tolérance.

    Je n’idéalise pas tout pour autant, je sais que certaines d’entre elles n’ont pas l’énergie et la compétence pour exercer mais ce n’est pas de mon ressort …

    Je voudrais juste par cette note, changer le regard de ceux qui les appréhendent, et rendre hommage à toutes celles que j’ai croisé …