
L’été 1987 nous conduisit en Scandinavie, sac à dos, carte inter rail, longs trajets en train, ce fut le début de notre histoire
Adrien n’était pas heureux de notre bonheur, il mettait de la distance, de la méfiance à nous voir amoureux l’un de l’autre
Eugénie s’en réjouissait .
Un autre voyage, en Irlande, avec Louis, on était inconscients, tout était improvisé, sans enfants, la vie était faite de rencontres, de folie, de délires, on semblait ne jamais se lasser de tout ce qui nous arrivait .
Ils avaient toujours mille projets, Adrien écrivait de beaux textes,
Constant les mit en musique, et la voix divine de Anne les fit vivre.
Avec audace en studio, ils enregistrèrent une maquette, un petit régal musical qu’ils l’intitulèrent « Aux portes de la mer «
Une petite fille, un bébé, vint enfin combler le bonheur d’Eugénie et Adrien, je fus la marraine ,ça me remplissait de joie , venait en moi un grand désir d’enfant .
Les choses changeaient soudain, les excès d’Adrien devenaient pesants, comme brutalement étouffants, l’influence qu’il exerçait sur mes amis, me laissait amère, je naviguais dans des tourments, il était temps de poser les voiles, de calmer les cyclones .
Je quittais la ville, eux aussi, les liens étaient tendus, je n’y voyais plus clair mais l’avenir semblait serein .
Une autre petite fille, étrangement de trop, pour lui, il tira sa révérence, voulant que sa vie soie faite des plaisirs les plus bruts, refusant les compromissions, le quotidien, il s’installa ailleurs, dans une nouvelle vie, quelques mois après notre mariage
Tout s’écroulait pour Eugénie, tout, elle devait faire face à ses regrets, son chagrin, reprendre sa vie en main, elle avait besoin de nous .
Nous étions en train de construire notre vie, loin de tout, la notre, libres, heureux de tout reprendre à zéro .
Anne et Lorenzo étaient mariés, exilés eux aussi, un bébé, puis deux, leur bonheur transparaissait, c’était bon de voir des gens heureux
Les années passèrent, plus de nouvelles d’Adrien, il renia son passé, avec condescendance et mépris, changea de nom, se réfugia dans ses délires, sa création, sa poésie.
Eugénie retrouva l’âme sœur, et pris à son tour un autre chemin, s’installa auprès d’Annecy .
Tant de blessures, tant de galères, pour Gordon, pour Léo, pour Louis, tant de chemins tortueux, tant de peines, tant de drames ..
Nous avons traversé tout ça, essuyant regrets, doutes..
Nous nous sommes rapprochés de Anne et Lorenzo, ce fut du beau, du bon, du vrai.
Une décennie remplie de bonheur, marquée de tristesse, frappée par celle qui attendait au virage, la pire …
Elle nous arracha d’abord Joseph, puis Anne..
Eugénie est devenue ma belle sœur, elle me manque et je lui manque
Nous nous voyons en famille souvent , alors dès que l’occasion se présente , toutes les deux , nous nous éclipsons , et reprenons nos vies , avec tendresse , avec confiance , nous avançons , n’avons rien perdu de cet ultime lien , de ce passé heureux que nous évoquons avec éclats de rire
J’ai tissé avec ma filleule beaucoup de chaleur , je compte pour elle , elle compte pour moi
Mais Eugénie me manque beaucoup ….
Il y a quelques jours , Nath m’a envoyé une jolie carte , accompagnée d’ un CD , j’ai découvert avec émotion le titre ,
« aux portes de la mer «
Je ne peux pas encore écouter, trop intense, trop fort, mais je l’ai rangé avec délicatesse avec mes trésors, et je la remercie encore pour ce geste si précieux.