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  • Vienne la pluie

     

    Quelques jours de vraie chaleur, et voilà la pluie revenue, la fraicheur du matin et du soir

    Emile nous a partagé une poésie de Victor Hugo, apprise à l’école primaire

    Je n’aimais pas l’automne dans ma campagne normande, l’humidité envahissait mon corps tout menu, il fallait ramasser les pommes qui jonchaient dans l’herbe mouillée au milieu des limaces et des vers de terre

    La terre a besoin de cette pluie

     Ce sera le mot choisi pour le chabada du Dimanche

    Je voudrais vous faire partager cette chanson de Daniel Balavoine, j’ai toujours aimé les voix masculines très hautes, la fin de cette chanson me plait toujours autant ( 1977) c’était un artiste romantique et engagé

    >

     Une autre, du même auteur, avec un texte dont je ne me lasse pas

    Un enfant assis attend la pluie

    L'enfant séché sur le sol d'Erythrée
    Les traits tirés
    Tire un trait
    Sur cette terre aride et ridée
    Dont il a hérité
    En refermant son toit
    Le ciel enterre un soleil qui meurt
    Mais la mémoire survit
    Et les yeux grands ouverts
    Prisonniers de la nuit
    Il me reste l'image
    De ce corps meurtri
    Qui pousse un cri

    Parti installer dans pompes en Afrique, il n’est jamais rentré de ce désert, aujourd’hui, il me manque vraiment …

     

  • Evasion

    Au printemps je jette des graines de coloquintes dans le fond du jardin et je les laisse opérer

    Les pousses sortent assez vite, et filent à leur guise, s’accrochant au grillage, au gré de leurs envies

    J’aime les coloquintes, parce que ça ne se mange pas, ça sert à rien, à peine à faire de la déco, juste que c’est rigolo à observer, j’aime les grimpantes

    coloquinte 1.JPGChaque année, il y a toujours une liane rebelle qui tente une évasion et parvient à filer le long des arbustes derrière le mur

    Oh les vilaines !

    Je vous avez prévenues, vous prenez des risques

    Et voilà, regardez la pauvre malheureuse prise au piège

    Impossible de la cueillir, hors de question de couper le grillage coloquinte 2.JPG

    Elle restera là tout l’hiver voir plus

    Je n’aimerais pas être une coloquinte

     

  • Le devoir sur table

     

    stylo rouge.jpg

     

     

    Régulièrement je dois évaluer les stagiaires, en contrôle continu

    Je leur donne un document à compléter, et je les observe

    Ah le devoir sur table !

    Certaines d’entre elles soufflent, rougissent, se concentrent

    D’autres remontent sans  cesse leurs cheveux, ou leurs manches, pour trouver de la force, de la concentration

    D’autres retiennent leur tête sur le côté comme si elle allait tomber sur la table, se grattent  le menton

    Je capte des regards de détresse, Madame Jeanne, aidez nous, je comprends rien !

    Il y a des écrits survolés, non réfléchis, des mots posés à la vite,

    Un bras posé sur la feuille pour éviter le piratage, vieux réflexe qui ressort !

    Quelques stagiaires remplissent le document comme un formulaire administratif, elles cochent des cases !

    Y’a aussi celles qui gomment avec ardeur, font du bruit avec leur matériel, jacassent, déconcentrent les autres qui grognent

    Et le plus pathétique, ce sont ces femmes qui n’ont pas mis le nez dans un écrit depuis des années, elles pleurent, sortent leurs mouchoirs, alors je me lève, ne voulant pas les laisser dans leur détresse, et les rassure par des petits mots

    Et je pense à ma maman …

     

    Et toi Jeanne, tu fais quoi pendant ce temps ?

    Je prends des notes, en vue de rédiger ce billet

     

  • Anecdotes de perles

     

     

    Les perles ont toujours eu mon attirance, toute petite je bricolais comme je pouvais des bracelets de papier, des bagues en fil de fer

    J’ai commencé à stocker des perles, à faire quelques colliers à breloques, en offrir, ça semblait plaire

    Puis je le suis prise au jeu, et j’ai crée de nouveaux modèles, pas toujours bien finis mais un peu originaux

     

    J’ai exposé un jour au vieux Château, et là, j’ai vendu quelques modèles

    De fil en aiguille, la passion s’imposait , les idées foisonnaient, je  decidais de vendre, le succès étant là, j’ai installé mon atelier de perles dans ma véranda

    Ce fut source de belles rencontres, et d’expériences un peu cocasses dont je tirais profit

     Les pires

     -          cette personne qui me redonna un bracelet offert parce qu’elle estimait qu’il était mal fait

    -          une autre qui me rapporta un bijou offert à un proche, qui ne le portait pas (ce n’est pas de ma faute !) et qui me demanda que je lui rachète

    -          une autre qui passa commande pour un événement, et puis qui ne me paya ni mon temps ni le matériel

    -            Et puis il y a celles qui chipotent, qui essayent, qui trouvent toujours à redire

     

    Fort heureusement il y aussi, celles qui n’avaient jamais osé porter de bijoux fantaisie  mais qui franchirent le pas avec les miens

     

    Les meilleures

     

    -          cette femme au bord des larmes en essayant un collier assorti à une robe qu’elle n’avait jamais osé remettre après le décès de son mari

    -          Toutes celles qui s’extasient et me disent «  je prendrais tout !! « 

    -          Cet homme timide qui osa venir chercher un bijou pour faire une surprise à son épouse

     -          ce jour où je croisais une jeune fille dans la rue, et je reconnais une paire de boucle très originale à ses oreilles

     J’ai osé l’aborder, et lui dire  que je pensais les reconnaître, c’était la fille de mon prof d’arts plastiques, elle m’avoua qu’elle ne les quittait  

     -- et parfois, on me raconte, avoir croisé une personne dans un lieu, neutre et dire à cette personne, «  oh toi, tu connais Jeanne ? « 

     

    bracelet.JPGVoici le bracelet troqué pour Véro qui m’avait si joliment ajusté ma tunique , assorti à ses tenues de soies indiennes

     

     

     

     

  • La nouvelle école

    les_badinter.jpg

     

    Lorsque nous nous sommes aménagé dans cette maison, nous avons inscrit Ellen dans l’école la plus proche

    C’était une école de quartier, populaire, dirions nous, j’avais de très bons rapports avec les enseignants, malgré la vétusté des locaux, je la trouvais très bien

    Petit garçon très doué, Mark l’intégra à son tour et je fus ravie de la manière dont sa précocité fut prise en charge

    Mais les locaux se dégradaient en année, murs sales, enseignants usés comme le reste

    Je faisais alors bataille avec les parents d’élèves pour convaincre la municipalité de rénover cette école et c’est là d’ailleurs que j’ai croisé à plusieurs reprises le barbu de Pierrot Bâton, en personne !

    Quand Rose intégra la maternelle je travaillais un peu à la crèche d’à côté

    J’aimais sortir dans le jardin avec les petits et regarder Mark jouer dans la cour de l’école, les filles couraient le chercher et il venait me voir le sourire jusqu’aux oreilles

    Mais les relations avec les autres parents se dégradaient, violences verbales, insultes et difficultés d’échanges entre les enfants

    Nous avons alors décidé de scolariser Rose en CP dans une autre école

    Avec la nouvelle municipalité, Les travaux sont entamés, deux écoles fusionnent et le groupe scolaire s’appellera «  Robert et Elisabeth Badinter « 

    Ce n’est pas la première école à faire ce choix, et j’avoue que ça me plait bien, tant je trouve ce couple emblématiques des grandes orientations de notre siècle

    C’est mieux que Stone et Charden, Bonnie and Clyde, Shirley et Dino, ou Patrick et Isabelle Balkany

    Je me demande combien de temps il faudra aux lavallois pour intégrer ce nouveau nom

    Le supermarché qui se trouve non loin de chez nous a déjà changé trois fois d’enseigne

    Et quand je le cite comme point de repère je précise

    C’est à côté de Car….r M …. Et, anciennement ChamP….n   et anciennement ST…C

    Il parait même qu’avant il y a avait un établissement de jésuites à cet endroit ….

     

    Si j’avais été encore parent d’élèves de cette nouvelle école, j’aurai été heureuse de croiser le couple Badinter quand ils viendront pour l’inauguration.

  • L'anonymat des voyages

     

    bangkok.jpgLe conseiller principal d’éducation du collège 

    « Alors Mark, c’était bien les vacances à Cra’ch ? »

    Mark est explosé de rire en nous racontant l’anecdote, il se trouvait au même camping que nous, Ellen qui connait bien le phénomène, avait cru l’apercevoir aux blocs sanitaires, mais bon, on avait déjà Alain S , on ne peut pas croiser que des people !

     

    Blaise se trouvait à l’aéroport de Dehli, une femme timide arrive vers lui

    « Excusez moi monsieur, vous n’êtes monsieur C professeur de philo au lycée A….. ?

    « Euh, oui « 

    «  Je voyage avec ma fille, c’est une de vos élèves, elle n’a pas osé venir vers vous »

    Et voilà, bingo, le pauvre Blaise part un mois en Inde et il retrouve des élèves, c’est tout de même dingue ça !

    On pourrait en raconter des tas d’anecdotes de ce genre, Fatima est une reine dans un genre, elle a croisé un cousin au Québec, un collègue à Bangkok et cet été, elle était en vacances à Vaisons la romaine, elle a réussi à aller voir un concert d’Ellen

    Elles furent l'une et l'autre contentes de se croiser , si loin de leur " chez elle "

     

  • Le kyste

    scanner.jpg

    « Madame, vous avez une grosseur au dessous du  cou, il faudrait voir un spécialiste « 

    Martha a le cœur qui bat mais ne questionne pas son généraliste

    Elle gamberge vite, kyste, ablation, complication, tumeur, cancer, chimio, cimetière

    Les mots blackboulent dans sa tête

    Martha a combattu son cancer  il y a plus de trente ans, elle est restée forte et fragile à la fois

    Le spécialiste lui dit qu’il faudra faire une biopsie, elle ne sait pas trop ce que c’est, pourquoi, faudrait peut être mieux l’enlever cette boule ?

    Avant la biopsie, prenez un rendez vous pour un scanner

    Le scanner est fait, Martha en silence attend les résultats

    «  Faites des examens complémentaires, coloscopie, fibroscopie et ….

    Encore attendre, les rendez vous sont dans plus de deux mois

    C’est long, long, Martha en silence angoisse toujours

    Le Docteur D ne se montre pas plus rassurant

    Les examens sont faits, péniblement, elle attend la biopsie

    Elle sera faite sans anesthésie, Marta a souffert, a eu très mal, échec, on ôte enfin ce kyste

    Après l’opération Martha a encore eu très mal, elle ne pose pas de questions, fait scrupuleusement les examens qu’on lui prodigue

    Martha à peur, c’est trop pour elle

    Qui pourra enfin lui dire, qui pourra la rassurer

    Les spécialistes sont des techniciens, des réparateurs du corps, peu d’échanges humains

    En moi la révolte monte

    Son généraliste est celui qui m’avait fait engloutir des anxiolytiques a 12 ans, il pratique toujours, elle ne veut pas changer de médecin, par habitude, de peur de le froisser

    J’aimerais l’accompagner un peu plus, j’ai besoin dans ces moments là de l’entourer, comme elle l’a fait tant et tant de fois pour moi

     

    Elle pensait ce kyste enlevé, erreur, juste un prélèvement

    Passez un scanner pour contrôler

    Au téléphone, le chirurgien :

    « Madame, vous devez aller voir un autre chirurgien pour ôter le kyste, à Bacles à Caen « 

    Pauvre Martha, Bacles, le centre spécialisé des cancers, elle tourneboule à nouveau, trop …

    Le médecin lui certifie que ce n’est pas cancéreux mais …elle veut confirmation

    A son retour, elle descend de l’ambulance, heureuse et radieuse, et complètement soulagée

    « Madame, on ne fera pas d’opération, vous avez sans doute cela depuis des années « 

     

    Tout ça pour ça …

    Pauvre maman …

    Elle a perdu partiellement l’usage de son bras qu’elle ne peut plus lever pour étendre son linge, et bien sur, elle ne portera pas plainte

    Une fois de plus, elle restera silencieuse face à la médecine.