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  • Bientôt Noël

    Nous n’avions pas l’habitude de fêter Noël de manière excessive. Ma mère sortait une boite contenant quelques boules et trois guirlandes, mon père apportait un houx trouvé dans les champs et sous la table de la télévision nous installions une crèche faite de santons que nous avions gagné dans une station essence, la peinture était grossière, le vernis éclatant.

    La décoration prenait une quinzaine de minutes …Le soir nous mangions dans la salle à manger, je ne me rappelle plus quoi. Souvent il y avait des programmes de variétés à la télévision, les vedettes avaient des tenues qui brillaient comme les micros, je me souviens surtout de Thierry le Luron qui portait un costume trois pièces avec un gros nœud papillon.

    Le lendemain matin nous allions chercher nos cadeaux, je me souviens d’une dînette, en plastique, peu solide, je l’admirais, les couteaux ont cassé très vite, j’ai toujours gardé les morceaux, j’essayais de les recoller avec du ruban adhésif..

    Un matin, je me souviens avoir reçu un parapluie marron, j’étais très déçue, j’ai souvenir d’avoir pleuré longtemps dans mon lit …

    Plus tard nous allions fêter Noël chez mon oncle. Celui du pique nique de l’été.

    On retrouvait les mêmes, ils avaient une guirlande qui clignotait dans le sapin, je trouvais ça beau. Vers minuit on ouvrait les cadeaux, les cousines avaient des tas de paquets, nous n’en avions qu’un seul. Je me souviens très bien du jour où j’ai reçu une poupée Barbie, une vraie, elle était splendide, avec un vêtement rouge magnifique, je l’ai encore.

    J’offre beaucoup de cadeaux pour Noël aux enfants, ils aiment ouvrir plein de paquets, se souviennent longtemps de ce qu’ils ont reçu. J’entasse plein de choses toute l’année dans des boite et le jour J, j’enveloppe tout ça …La maison est scintillante, la cheminée clignote, les bottes sont posées sur son manteau, c’est un moment heureux pour nous …

    J’ai réalisé très tard qu’enfant j’attendais Noël avec impatience mais que ça restait un moment fait souvent de plein de frustations, de regrets aussi …

    Mes parents adorent quand nous allons chez eux pour le réveillon, ma mère ressort les mêmes boules, les mêmes guirlandes, ça fait rire Ellen. Les enfants ont toujours un paquet au pied du sapin, mes parents sont plus que généreux  lors de ces fêtes là …

  • Cantine

    Rose mange à la cantine deux à trois fois par semaine, depuis le début de l’année aux dires des professionnelles qui l’accompagne, elle ne mange presque rien, se contente d’un morceau de pain et parfois d’un dessert. La dernière fois, elle a beaucoup pleuré elle était incontrôlable et elle m’a dit’ « je voulais toi.. »

    Ca me fend le cœur de la voir réagir ainsi, certes à la maison, elle mange bien, à l’extérieur très mal, se méfie, à peut être peur de ne pas aimer, ou de ne pas savoir ce qu’elle mange.

    Au sujet du goût chez les jeunes enfants, je ne sais pas tout, mais je sais une chose : les goûts changent, évoluent en grandissant. Rose aime les crustacés, le homard, les crevettes, le pâté ; le fromage, les pâtes, les fruits, les glaces, les gateaux. Elle n’aime pas les œufs et les pommes de terre.

    J’écoutais une émission à la radio avec comme invité un défenseur du goût et de la bonne cuisine, très médiatique, et qui porte de ridicules lunettes..

    Les auditeurs appellent en dénonçant tel ou telle société de restauration collective, tel ou tel restaurant scolaire, ils s’autogratulent en disant qu’ils font leur marché avec leurs enfants, qu’ils les ont toujours emmenés au restaurant, qu’ils ne leur ont jamais donné de petits plats cuisinés …Ça m’énerve, je ne supporte pas ces donneurs de leçons ( en général bien lotis ) qui se mettent en avant. Chacun fait comme il peut, et pardon je constate que quand même les enfants aiment tous: le steak, les frites, les escalopes et les spaghettis. Mes enfants adorent le sabre mais au prix que c’est je ne vais pas leur en faire toutes les semaines. Et puis cuisiner prend du temps, il faut des produits frais, beaucoup d’ingrédients, les contraintes de la vie quotidienne obligent bien des familles à user de génie pour gagner du temps …

    Chez nous, on mangeait bien, la tradition normande avec des excellents produits ( surtout le rôti de porc qui garde un goût exceptionnel) Ma mère cuisinait basiquement mais c’était bon, on se régalait car on connaissait le goût. Ellen adore la poule à la crème de sa grand-mère, Mark adore le gigot d’agneau de grand-père et le riz au lait de sa mamie …Les goûts sont liés aussi à de doux instants, les saveurs qui rassurent, qui durent dans le temps.

    Je transmets ça à mes enfants, Ellen va à la piscine le lundi soir, quand elle rentre fatiguée, elle a faim, un plat de spaghettis bolognaise l’attend, rien de bien compliqué, elle rentre dans sa maison, retrouve ses proches, l’odeur accompagne cette transition.

    Je n’aimais pas aller à la cantine, c’était trop bruyant, trop hostile, bousculades, cris …

    Un jour, en faisant la visite du self du collège des enfants m’est réapparue cette odeur si particulière, une odeur de lait, de produits ménagers, de friture …J’avais les larmes aux yeux, je me suis retenue de ne pas pleurer, revenaient en moi des moments difficiles de séparations, je n’avais jamais mangé à la cantine avant l’âge de 11 ans …

  • Cross

    Ellen a fait un cross hier avec le collège, rien de tel pour la mettre de mauvaise humeur, elle déteste courir, n’aime pas la compétition…

    Je lui dis qu’elle ne peut pas être bonne dans tout, que pour certains la musique est une véritable torture, d’autres les rédactions ( de ce côté elle a des atouts) pour d’autre encore les arts plastiques. Elle sait tout ça et cela ne resout rien au fait que bien sûr elle se hurler dessus pendant les matches de hand, qu’elle est toujours la dernière choisie.

    J’ai toujours eu une sainte horreur du sport et de la gymnastique, je n’aime aucun sports, l’odeur des vestiaires ( sueur, caoutchouc, déodorants et j’en passe) me révulse, je m’en suis complexée pendant des années. Je vous épargne mes commentaires sur la piscine…

    Je me suis toujours sentie inférieure en sport, lourde, maladroite, limite handicapée. A cause de mon traitement, j’étais persuadée que je ne pouvais rien faire. Mon corps devenait un vrai boulet, j’acceptais ma tête mais le reste …les profs ne m’ont jamais encouragée quand je me vautrais désespérément sur les tapis de sol, quand je m’arrêtais devant la corde du saut en hauteur. Le pire c’était le cheval d’arsaut, il me semblait qu’il faisait dix mètres de haut..

    Jusqu’au jour où je me suis rendu compte que je n’étais pas la seule. Avec mon amie Chloé n’ayant pas un attrait passionné pour les sports Co nous étions de côté, papotant pendant des heures en gloussant. Un jour, notre prof de sport lassé et découragé de devoir gérer de telles adolescentes (en même temps nous étions tellement gentilles qu’elle ne pouvait pas nous en vouloir ) nous posa la question suivante « oh mais qu’est ce que vous voulez faire ? » Nous avons répondu « du ping pong ! »Eh oui, la salle était au sous-sol du lycée, nous étions souvent seules, nous échangions quelques balles en rigolant et ensuite nous nous asseyons sur un banc, pour de longues conversations et bien sur quelques ragots.

    Depuis , je ne pratique aucun sport , ma voix est mon seul outil, je parle, je chante sans cesse …j’ai surtout eu la chance de découvrir que mes mains m’offraient bien des ressources créatives. Depuis j’ai également rencontré plein de gens qui comme bannissent le sport..

    Ce qui m’énerve quand même le plus, c’est quand on me dit « si, tu devais t’y mettre, c’est important pour l’équilibre.. , Ça défoule.. » Tout ça je le sais, sans doute que bientôt je ferai quelques exercices de maintien, mais ce sera moi qui en déciderai car je n’oblige personne à chanter, ou rien d’autre ……Par contre, il nous arrive de chanter dans une salle de sports et nos loges sont simplement…des vestiaires !

  • Charcuterie

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    Rose a changé d’école. Je suis allée plusieurs fois par jour depuis 10 ans chercher les enfants dans une école populaire où petit à petit des problèmes sont  apparus. Nous avons choisi de lui  proposer un autre établissement scolaire, j’ai donc changé d’habitudes. Je ne retourne jamais de l’autre côté du boulevard, seulement occasionnellement pour aller à la poste.

    Tous les jours je passe devant une charcuterie réputée mais au charme un peu désuet.

    Paul vient de racheter cette charcuterie, il a lâché un travail très prenant pour lui. avec plein de contraintes …

    Paul est un ami de chœur, c’est un homme drôle, plein d’humour, il adore la table, la fête ; la chanson. Je l’estime, je l’adore …

    J’aime beaucoup sa compagne aussi Eléonore, elle est fraîche, discrète mais tellement chaleureuse. Ils se sont rencontré dans notre troupe chantante, et leur histoire nous a beaucoup touchés…Ils viennent d’acheter une maison en pleine campagne le long du halage, une belle restauration qui leur va bien.

    Dans quelques semaines, Paul va prendre possession des lieux, aménager son « affaire » avec passion, communiquer son métier, transmettre à son équipe son savoir. Je suis contente pour lui, Jeremy aussi va changer de travail, il a été très préoccupé pendant les mois d’été de son nouveau statut.

    Bientôt avec Rose, nous nous arrêterons à la charcuterie acheter du pâté, elle adore ça, je dirais à la vendeuse que Madame T est passée, si le patron est là, il viendra me faire un gros bisou, nous rirons un moment, je le laisserai vite retourner à sa tâche, je parlerai de lui comme une révolution culinaire pour le quartier et les parents bobos ( oui on a changé de population en changeant de quartier) iront passer commande au plus grand traiteur de la ville, mon ami Paul.

     

     

  • Transports scolaires

    La porte du car s’ouvre, nous essayons de monter dedans, il fait chaud à l’intérieur, ça sent mauvais, les plus costaud nous bousculent, difficile de se frayer un chemin, les sacs et cartables posés en vrac dans le couloir central s’entassent.

    Le chauffeur s’installe, il hurle, tous les adolescents répondent et sifflent, il règne une excitation sordide, il démarre brutalement, ça fait un boucan d’enfer. Je suis au collège, je déteste tout au collège, les trajets qui n’en finissent pas, les heures de permanence, les pionnes, les profs qui méprisent leurs élèves, l’agressivité sur la cour, les toilettes pas entretenues, la pluie, le froid, la cantine..

    Le chauffeur est toujours un peu alcoolisé, le patron de la compagnie de transports scolaires possède de vieux cars qui tombent souvent en panne. Il a un fils handicapé qui prend parfois le volant d’une ancienne ambulance pour emmener les gamins qui n’ont plus de place dans le car.

    C’est plutôt flippant mais en même temps très drôle comme situation quand on voit aujourd’hui les mesures draconiennes prises en terme de sécurité dans les établissements scolaires. J’ai appris que désormais les écoles maternelles n’ont plus le droit d’utiliser la traditionnelle colle à papier peint, bientôt les enfants ne colleront plus rien. Ce sera plus simple.

    Je rentre chez moi, fatiguée, j’ai 12 ans, envie encore de jouer, de me détendre et mes journées ne sont faites que de contraintes, de stress d’avoir oublié quelque chose, avoir des mauvaises notes. Nous avons le ventre serré des 7 heures le matin et aucune activité de loisirs ne s’offre à nous …Rien, juste la télévision, les séries, les premiers mangas, les émissions de Stéphane Collaro et le dimanche des sorties dans cette famille qui nous est aussi hostile.

    J’ai accepté toutes ces années avec résiliation, j’avais au fond de moi la certitude que ma vie d’adulte je la choisirai. Je me projetais déjà en 2000,imaginais mes enfants , mon quotidien avec une maison bien chauffée, confortable.

    Je me suis construite, battue pour accéder au métier que je voulais faire, aujourd’hui nous habitons à 200 mètres du collège, Mark fait de sport et du piano, Ellen fait du théâtre, de la danse …Rose chante et virevolte dans la maison. Ils ont parfois du mal à imaginer notre quotidien   des années 70, ma mémoire a occulté toute cette période, il ne me reste quasiment aucuns souvenirs, l’essentiel est ce qui s’est passé ensuite  et ce qui reste à venir …

  • Prénoms

    C’est avec une certaine aisance que je suis capable de me rappeler prénoms des gens que je rencontre. Avec mon ami Léo nous nous mettions au défi de mémoriser les prénoms de 60 enfants en centre de vacances en 3 jours. Quand j’étais institutrice, je connaissais les prénoms de mes élèves dès le lendemain de la rentrée.

    Maintenant je repère les prénoms de mes stagiaires dès la première journée. J’y accorde beaucoup d’importance, un prénom, c’est ce qui fait l’individu, on l ‘aime ou on le déteste son prénom, mais on doit le garder toute sa vie. Il y a des gens qui changent de prénom, prennent un diminutif …d’autres prennent un pseudo, je l’ai fait moi-même juste pour ce blog.

    Quand je mets un post sur un forum, je garde mon prénom d’origine, celui de Jeanne qui  est lié uniquement à l’écriture …

    Marc m’a laissé un commentaire sur la présence constante de prénoms dans mes récits. J’ai donné un pseudo à mes amis, je souhaite qu’il leur convienne, je suis tout à fait prête à le changer s’ils ne l’aiment pas. Les prénoms sont parfois déformés ,ou diminués c’est souvent par affection mais les enfants peuvent être cruels aussi entre eux dans la moquerie.

    Je suis incapable de retenir plus de deux numéros de téléphones, à peine mes codes bancaires, je suis fâchée avec les chiffres depuis plus de 30 ans, je me rassure en me disant que la mémoire est sélective et qu’elle fonctionne chez moi sous cette forme là, l’importance du prénom …