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  • Les cent papiers

     

    Marie Camille a des doigts en or, elle est créative, minutieuse, modeste, et fait  vivre avec passion des tableaux, des collages, des peintures

     

    Elle s’est lancée dans la réalisation de papier

    Elle coupe, met à tremper, mélange, fait sécher, tranche  et le résultat est surprenant : du papier de couleur recyclé, léger, granuleux, dentelé.

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    Elle m’a donné quelques feuilles de ses papiers DSCN1431.JPG

     

    Je les ai d’abord déchirés, puis fixés à un petit fil de fer qui me sert à faire taire les tulipes bavardes.

     

    Puis je les ai  accrochés à des branches de saule tortueux elles-mêmes fixées sur le plafond du salon DSCN1441.JPG

     

    C’est léger, aérien, éphémère

     

    Un petit bout de mon amie dans ma maison !

     

  • Les petits écriteaux

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    Dans le cultissime film le « père Noël est une ordure «  avez remarqué le nombre de petits mots posés sur les murs en guise de consigne ?

    J’ai pu constater que sur mon lieu de travail il y avait à foison, des petites pancartes visant à faire respecter les lieux communs, salle de pause et toilettes

     

    Je ne résiste pas à vous les faire partager :

     

    « Aujourd’hui, 20% de la population mondiale, consomme 80 % de l’énergie,

    Une ampoule allumée inutilement dans chaque foyer français, correspond au fonctionnement de 2 réacteurs nucléaires, nous vous remercions d'éteindre la lumière quand vous quittez cet endroit

     

    Vous pouvez lire ça quand vous êtes installés

     

    Sur le mur à votre droite :

     

    « Merci de laisser cet endroit propre « 

     

    Derrière vous :

     

     

    Merci d’enfoncer à fond le bouton et le maintenir quelques secondes pour éviter toute fuite d’eau

     

    Oh là, mais ça faut trop, je me rappelle plus de rien, qu’est ce qui faut faire ?

     

    A la salle de pause, voici mon préféré :

     

     

    « Nous rappelons à tous que l’activité V ne comprend pas la myciculture, il est donc préférable de ne pas cultiver de champignons, même au fond des tasses « 

     

    C’est politiquement correct tout ça

    Le pire, c’est que vous les avez lus une centaine de fois, tout comme le lapin qui se coince les doigts dans le métro, mais votre regard est attiré, parce que vous n’avez que ça à lire..

    Alors, si c’est toujours aussi sale, c’est que vous y mettez vraiment de la mauvaise volonté !

     

    Je vous ai épargné  l’écriteau au-dessus de la photocopieuse : un pamphlet militant écologique digne d’un discours d’un député des Verts

     

  • Jeanne et les talons

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    Aux soldes d’hiver, j’avais craqué pour une jolie paire de chaussures à talon, dans le magasin de la grande artère chic et commerçante de notre ville

    Le magasin de chaussures fabriquées en Mayenne (oui ) où va se ravitailler Patricia, où l’on trouve des crocs …

     

    Arrêtes Jeanne, tu vas pas nous faire un billet là dessus, c’est pas un blog de mode..

     

    D’accord, mais quand même je dois raconter

     

    Les chaussures en question, je les avais portées une seule fois, au dîner où je m'étais endormie à table , quelques heures, assises, tout allait bien

    Mais loin de moi l’idée de les laisser dans le placard à bavarder sagement avec les autres paires, il me faut les sortir, les montrer, les porter souvent

    Seulement, je l’avoue, avec des talons je suis déséquilibrée, je marche sur les glaçons, handicapée des pieds, malgré le confort et la souplesse de mes escarpins .

     

    Je les mets au dîner chez Jeremy et Sofia, tout va bien, mais bon, un dîner c’est facile

     

    Lundi, reprise du travail, ayant travaillé des années en crèche, toujours en nu-pieds, j’ai envie de faire ma maligne, je me décide, aujourd’hui je porterai mes talons

     

    Ellen me fait des compliments, » ça t’affine, ça te grandit », merci ma fille, belle solidarité féminine

     

    Dans la matinée, tout se passe bien, je cause, les stagiaires se présentent, je reste assise un moment ?

    Pause déjeuner, la chaleur monte dans la pièce

    Je reprends mon cours, je sens que ça gonfle, que mes pieds ont besoin d’air

    A 15 heures, j’aurais payé cher pour finir mon cours pieds nus, impossible, je ne peux pas les enlever discrètement non plus .

    Je suis courageuse, je tiens bon ..

    17 h, je suis au bord de l’explosion, je traîne encore, au volant c’est un peu le torture, Cendrillon n’a plus la même pointure dirait on .

    A la maison, je les expulse, et j’enfile des ballerines en toile, l’horreur, ça rentre à peine

    Mon dieu que c’est moche !

    Mais je suis fière, j’ai tenu, toute la journée

    Et aujourd’hui je peux l'affirmer, Jeanne a peut être des doigts en or, mais elle a surtout des pieds en silicone .

    Pour les plus sportives , il y a des créateurs qui ont pensé à tout :

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  • Gare de Nice

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    Il faisait très chaud en cette fin d’été, j’étais épuisée après ces trois semaines de colo, je quittais St Auban pour rejoindre la gare de Nice, avec un groupe de gosses qui avaient le cœur serré de quitter leur lieu de vacances

    Le troupeau rentrait en train et avec un animateur, je ramenais le reste, direction Caen

    Arrivée en gare, j’entends une voix

    « Mademoiselle  Jeanne T est demandée au guichet X « 

    Mince, je suis en proie à des hallucinations.. C’est pas moi ?

     

    J’entends à nouveau la même voix, mon nom, j’entends mon nom, c’est pas possible, c’est pas moi qui suis demandée,

    En même temps, ça ne peut pas être un homonyme, mon nom de famille n’est pas courant du tout

    Au autre je demande

    « Vous avez entendu, mon nom ?

    Jeanne d’Arc, tu entends des voix, ça va pas non ?

     

    Une troisième fois, toujours le même timbre, je crois devenir dingue

    Sans rien dire, je file en douce téléphoner à la colo, ils y sont encore

    Arnold décroche, il me parle de banalités, veut savoir si tout va bien, je le rassure, ne lui dit rien sur  cet appel au micro, je suis convaincue d’avoir rêvé .

     

    Nous installons le troupeau dans les compartiments, une longue nuit nous attend

     

     

    Plusieurs mois plus tard, Arnold m’appelle, tard le soir, comme il avait l’habitude de le faire

    « heureusement que tu as entendu mon appel à la gare de Nice « 

    Il m’avait fait appeler, pour de vrai, comme dans les films, pour me dire.

    Pour entendre ma voix, rien de plus, je le savais attristé par ce départ, sans Jeanne, la colo était déserte ..

     

    C’était l ‘époque ou les téléphones portables étaient des objets de science fiction

    Si j’en avais eu un, toute la nuit, nous aurions pu dire …

  • Susie

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    Ma mère a trois sœurs, la plus grande Edith, la moyenne Suzie  et une autre dont je ne parlerai pas 

    Susie a toujours  été plus petite, chétive, un peu plus épargnée que les aînées, par les travaux pénibles

    J’ai des souvenirs merveilleux avec elle chez mes grands-parents à Bricqueboscq, elle était disponible, aimante, douce, rieuse

     

    Je l’aimais, si y’avait quelqu’un dans cette famille un peu désaxée qui était un repère, c’était elle

    Elle venait chez nous, elle restait dormir, j’adorais la voir descendre le matin

    Elle comprenait nos vies, sans les juger,

    Elle travaillait dans un hôpital psychiatrique , avait une bonne ouverture sur le monde, connaissait des malgaches, nous qui n’avions aucuns contacts avec  d'autres nationalités

    Elle avait aussi cette particularité, elle m’écrivait .

    A chaque anniversaire, une carte, tous les ans, c’était d’ailleurs le même jour que le sien, cela nous rapprochait

     

    Elle a toujours pris de nos nouvelles, des enfants, ils la connaissent, l’apprécient

    Je ne l’ai pas vue depuis longtemps, trop longtemps

     

    Et puis Suzie qui est toujours très active, c’est mise à Internet

    Et elle a réussi à m’envoyer un mail, et j’étais ravie de communiquer comme ça avec elle

    Il y a quelques jours, un autre mail de Suzie, elle me parle du week end avec Louis, des chatons, de l’économe dans le tas d’ordure, toutes ces histoires, et oui, vous l’avez deviné, elle lit mon blog !!!!!!!

     

    Et là, et là, je crois qu’il n’y a rien de plus extraordinaire, savoir que cette personne, qui a tant compté, suit mes petites histoires, s’émeut sûrement sur des passages qui font aussi partie de sa vie, je trouve ça particulièrement touchant

     

    Cela m’encourage encore à poursuivre, à raconter, pour cette mémoire là, la notre

     

    Elle commentera peut être un jour, pas grave si elle ne le fait pas, c’est tout simplement suffisant de la savoir là, devant son écran, sur le blog de sa nièce Jeanne

     

    Je pense qu’elle en est fière aussi..

     

    Que cette vie ordinaire est exaltante !

     

  • L'encre

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    Le matin, l’encre violette brillait dans le trou sombre de l’encrier en porcelaine

    Les taches sur les côtés me dérangeaient, j’aimais voir l’encrier propre, j’y plongeais ma plume et laissais glisser de jolies lettres, en prenant soin de poser mon buvard rose  en dessous

    J’aimais l’encre et l’écriture dès l’école primaire

    En sixième, ma mère m’a offert un stylo plume

    Il était magnifique, j’aimais toujours écrire à l’encre, définitivement je laissais tomber le stylo bille, je détestais les ratés, les traits pas assez francs

    Un peu plus tard, j’ai décidé d’écrire à l’encre noire

    J’avais une petite trousse dans laquelle j’avais déposé mes stylos plumes, quatre couleurs, des cartouches adaptées.

    Un jour, on me l’a volée.

    Je ne me lassais pas d’écrire, ça ne me coûtait jamais, mon écriture s’affinait, devenait de plus en plus personnelle

    Avec mon encre noire, j’ai écrit des centaines de lettres, j’ai reçu beaucoup de lettres à mon tour, j’écrivais à des copains, des rencontres, des amies ..

    J’aimais choisir des timbres, des enveloppes, des choses fantaisistes, mais pas trop, le passage du facteur était un moment attendu aux vacances d’été

    Ma mère déposait mon courrier sur le buffet de la cuisine, c’était toujours mon petit bonheur en rentrant du lycée

    J’adorais le mot « correspondance « 

    Ecrire, raconter, confier, c’était un besoin, manier les mots, les verbes, lire, recevoir

    J’ai tout gardé, toutes les lettres, jamais une jetée, trop personnelles

     

    D’où me vienT ce besoin de coucher les mots sur papier, puis sur clavier tous ces mots, je ne cherche pas, je fais, c’est comme un jeu, comme d’autres feraient de la course à pied, du cheval, du ski, moi je ne fatigue pas d’écrire  pire encore , c’est presque une drogue

    Pour le plaisir de me raconter, la richesse des émotions, le lien, tout simplement

    Je comprends très bien que pour certains ce soit un obstacle, peur de faire des fautes, de ne pas être compris, d’être jugé

    Je comprends leur souffrance héritée  souvent des jugements des enseignants, ces annotations en rouge assassin, « mal dit «  « confus «  «  nul « 

     

    Je ne sais pas nager mais je peux écrire, j’ai ce truc qui m’anime, aucun regrets de ce que je ne sais pas faire , une entière satisfaction  à cultiver ce que j’ai, un peu, une écriture ordinaire, pour une femme ordinaire