
Le matin, l’encre violette brillait dans le trou sombre de l’encrier en porcelaine
Les taches sur les côtés me dérangeaient, j’aimais voir l’encrier propre, j’y plongeais ma plume et laissais glisser de jolies lettres, en prenant soin de poser mon buvard rose en dessous
J’aimais l’encre et l’écriture dès l’école primaire
En sixième, ma mère m’a offert un stylo plume
Il était magnifique, j’aimais toujours écrire à l’encre, définitivement je laissais tomber le stylo bille, je détestais les ratés, les traits pas assez francs
Un peu plus tard, j’ai décidé d’écrire à l’encre noire
J’avais une petite trousse dans laquelle j’avais déposé mes stylos plumes, quatre couleurs, des cartouches adaptées.
Un jour, on me l’a volée.
Je ne me lassais pas d’écrire, ça ne me coûtait jamais, mon écriture s’affinait, devenait de plus en plus personnelle
Avec mon encre noire, j’ai écrit des centaines de lettres, j’ai reçu beaucoup de lettres à mon tour, j’écrivais à des copains, des rencontres, des amies ..
J’aimais choisir des timbres, des enveloppes, des choses fantaisistes, mais pas trop, le passage du facteur était un moment attendu aux vacances d’été
Ma mère déposait mon courrier sur le buffet de la cuisine, c’était toujours mon petit bonheur en rentrant du lycée
J’adorais le mot « correspondance «
Ecrire, raconter, confier, c’était un besoin, manier les mots, les verbes, lire, recevoir
J’ai tout gardé, toutes les lettres, jamais une jetée, trop personnelles
D’où me vienT ce besoin de coucher les mots sur papier, puis sur clavier tous ces mots, je ne cherche pas, je fais, c’est comme un jeu, comme d’autres feraient de la course à pied, du cheval, du ski, moi je ne fatigue pas d’écrire pire encore , c’est presque une drogue
Pour le plaisir de me raconter, la richesse des émotions, le lien, tout simplement
Je comprends très bien que pour certains ce soit un obstacle, peur de faire des fautes, de ne pas être compris, d’être jugé
Je comprends leur souffrance héritée souvent des jugements des enseignants, ces annotations en rouge assassin, « mal dit « « confus « « nul «
Je ne sais pas nager mais je peux écrire, j’ai ce truc qui m’anime, aucun regrets de ce que je ne sais pas faire , une entière satisfaction à cultiver ce que j’ai, un peu, une écriture ordinaire, pour une femme ordinaire