En parcourant les souvenirs de mon enfance et les lectures sur les blogs qui les font remonter comme par magie, il me revient en tête ces vieilles maisons ou nous allions passer notre ennuyeux dimanche, contraints et forcés 
Pour y parvenir, il fallait prendre des chemins de campagne, souvent humides et boueux, j’aimais les primevères sur les bas côtés
Il n’y avait pas de pancartes, pas de rue, je me demandais toujours comment mon père faisait pour les retrouver, souvent c’était un lieu dit ,dans un hameau
Nous garions la voiture dans la cour, des poules, des chiens pas propres venaient nous dire bonjour, ça sentait la terre
L’intérieur des maisons était sombre, peu d’éclairage, pas de confort, un évier dans le coin de la pièce principale faisait office de cuisine, au dessus de la cheminée, ou de la cuisinière en bois étaient suspendus des jambons fumés qui m’intriguaient
Il n’y avait rien pour s’amuser, l’almanach de la Manche (merci Pierrot de m’avoir rappelé ça) un jeu de cartes 
Nos grands-mères, tantes et cousines éloignées offraient des biscuits, gaufrettes, boudoirs ou petits Lu enfermés dans des boites métalliques que les chineuses d’aujourd’hui convoitent
Les hommes commençaient par un coup de rouge avant le café
Pour objets de décoration, il y avait des obus en cuivre faisant office de vase avec des fleurs en plastique, un bibelot poussiéreux biche ou chien en velours raz et usé, une vierge de Lourdes, un cuivre de Villedieu,
Pour se cultiver, il fallait se contenter du pèlerin magazine, parfois de Clair Foyer ou du catalogue de la Redoute
C’était sombre, sinistre, les habitants étaient tristes, ils se plaignaient, parlaient de sous, de fièvre aphteuse, de myxomatose des lapins ..
La télévision noir et blanc posée sur une table à roulette ou sur le frigo, le pauvre Drucker bien au chaud dans les studios parisiens faisait ce qu’il pouvait pour divertir ces tristes dimanches
Au printemps, il y avait les jardins, les granges, les poulaillers, c’était bien ça, on nous laissait tranquille
J’aimais les dépendances de ces vieilles maisons, les pétrins, les nids, les bacs de maïs, les souris qui s’en échappaient
Un cinéaste bien intentionné aurait pu reproduire ces décors là, y tourner un film sur la campagne bucolique, le terroir, l’authentique comme on dit
Un film calendrier des postes pour se convaincre que les gens prenaient le temps de vivre et étaient heureux à cette époque
Ils étaient tristes, leur vie était rude, les couples se déchiraient, les maisons étaient sombres et humides, le travail de la terre était éreintant, les plaintes justifiées
En ce temps là, la vie était en noir et blanc ….