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  • Une fleur de province

     

    Le téléviseur était posé sur le réfrigérateur

    Cette installation de fortune nous permettait de regardait la télé en mangeant, le midi, c’était "midi première "avec Danièle Gilbert .

    L’émission était en direct, il y a avait souvent des imprévus, des manifestations, des pannes techniques, des mouvements de foules , des bandes sons qui partaient sans le chanteur .

     

    A cette époque, les chansons légères, les carrières courtes et éphémères existaient déjà

    La chanteuse Charlotte Julian, au physique singulier, interprétait ce titre

    Fleur de province , l’histoire d’une pauvre fille, qui débarque avec sa valise, à Paris

    L’émission de variétés du midi, se déplaçait en province, tout comme les jeux de 20 heures

    C’était l’époque où on mettait en scène, avec un léger mépris, de chanteuses de français moyens, qui après un tube ou deux, remballaient vite fait leurs sacs pour retourner dans leurs campagnes faire l’animation des galeries marchandes

    On fit la même chose en propulsant fin des années 80, la génération des chanteurs issus de l’immigration, avec les princes du  Raï, Cheb Mami, Faudel, et Khaled

    Ils prônaient la paix, et se bouffaient le nez entre aux pour avoir la première place, avant d’être rattrapés pour deux d’entre eux par la justice, parce qu’ils avaient la main un peu lourde sur leurs épouses

    (au passage j’étais écœurée en voyant de quoi ils furent capables, belle hypocrisie)

    Ils ont laissé la place aux autres.

     

    Dans les années 70, un autre univers musical enflammait la planète, bien loin de ce que la variété du moment offrait à mes oreilles de gosse

    Un petit bijou, rien que pour avoir la pêche.

     

    Je voudrais chanter ça en chœur !

    Ce soir , serrés les uns contre les autres , pour la dernière fois , nous chanterons

    «  Let the sunshine
    Let the sunshine in
    The sunshine in ……………”

    c’est déjà beaucoup

  • Folle journée

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    La tournée s’achève, après des mois de représentations partout dans le monde, département, nous donnons, avec un pincement au cœur la dernière de notre spectacle demain soir

    Et parce que le lieu est splendide, notre théâtre, les places pour le samedi soir se sont vendues en huit jours

    Nous avons opté pour une représentation supplémentaire, à 16 h, pour qu’il n’y ait pas de déçus, et pour la première fois, nous donnons deux spectacles ne une journée .

    Autant vous dire que nous serons vidés, éreintés, mais forcement heureux de donner tant de voix et d’énergie .

    Je mesure la chance que j’ai de vivre ces moments là, entourée d’amis, la magie des lumières, les rigolades, l’émotion..

    Je vais alors ranger ma tenue, mes manches, ma tunique noire, l’étole chatoyante

    Je pense déjà à la nouvelle, j’aime bien l’avoir à l’avance, choisir des tissus confortables, ajustés,

    Les mois à venir nous réservent de bien belles rencontres, un nouveau répertoire en préparation, je l’y m’y atèle fortement, 25 titres par cœur, ça ne se fait pas en trois jours .

     

    Après les spectacles, nous finirons la nuit entre nous, histoire de ne pas se séparer en si bonne compagnie, autour d’une table

    Je savoure ça, ça me donne des ailes, de l’énergie à revendre, à cela vous ajoutez de beaux rayons de soleil, et les premières fleurs, c’est l ‘apothéose .

     

    La vie est douce, elle est belle, explosive, apaisante, festive et chantante,

    Je vais chanter pour vous ..

  • Escapade aérienne

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    Pour mes  40 ans, ma bande de copains  nous offrit deux billets d’avions

    Un baptême de l’air ?

    Je vous en prie, j’avais déjà embarqué dans un avion avant d’atteindre l’age de la maturité, une fois destination Montréal, puis les States, Athènes, et la Corse, bon je ne suis pas une inconditionnelles des vols, c’est vrai

     

    Alors ce cadeau, la destination ?

    Destination le pays ou il fait bon vivre, les vaches, le fromage et les châteaux : un survol de 45 minutes de la Mayenne

    Vous êtes envieux, je vous comprends

    J’ai chaleureusement remercié des amis de cœur, et leur tout de même avoué que ce genre de coucou à quatre places, ça me fichait sacrément la trouille

    Pour être franche j’aurais bien refilé ma place à Louis qui adore ça, mais comme dirait Thérèse, je le fais parce que c’est offert de bon cœur

    Un beau samedi, ciel dégagé, pas trop de vent, départ à l’aérodrome d’Entrammes  ( oui !)

    Louis avait pour mission de garder les enfants pendant notre expédition

    Je monte dans l’avion, si on peut appeler ça comme ça, les regarde (peuvent être pour la dernière fois, mon dieu, trois orphelins. Et mon jumeau ..) )

    Jérôme prend place à côté de moi

    Le pilote arrive, avec une jeune femme, elle prend des cours, elle doit s’entraîner, c’est elle qui sera aux commandes

    Génial, rien de mieux pour me rassurer, une apprenti pilote

    Le truc décolle dans un vacarme fou

    C’est déjà l’horreur, j’ai la trouille, ça penche, ça pue, j’ai envie de descendre, je suis prise au piège

    Jérôme me prend la main, les deux pilotes papotent, pas de fumée derrière..

    Nous survolons Ste Suzanne, Jérôme attire mon attention sur les belles demeures, les forêts, je serre les fesses, l’avion penche, un coup à gauche, un coup à droite, d’est terrible

    Je veux descendre !!

    Ça va durer 40 minutes, ça fait même pas 5 minutes que l’on vadrouille, je vais jamais tenir

    Je reprends mes esprits,

    Alors, c’est beau la Mayenne, des champs, la Mayenne, nous survolons le Nord du département, soudain, arrivée sur Changé, ah, oui les Ondines, ouh super, c’est pas loin, c’est bientôt fini

    Le pilote annonce qu’il va faire un détour sur St Berthevin, pour quoi rien, y’a qu’une zone industrielle là bas, y’a rien à voir, vraiment, il insiste

    Je me décontracte, l’avion ralenti, retour vers  l’aérodrome, j’aperçois Louis et Rose, nous sommes.

    Vivants !

    Quel bonheur de toucher la terre ferme ! J’ai adoré, vraiment..

    Mes amis, j’ai vaincu ma peur, merci, pour mes 50 ans, un vol en ULM ? j’adore, et après un saut à l’élastique…

     

    Jeanne, la reine des airs !

     

     

  • Sale savonnette

    Lorsque nous avons acheté notre maison, mon œil fut tout de suite attiré par la salle de bain de l’étage

    Le mur carrelé   de grosses fleurs vert olive, marron et écru, les sanitaires, toilettes et lavabo étaient rose  bordeaux, une immonde moquette verte pourrissait au sol , au raz du plafond , une tapisserie rapportée avec des flamands ,je vous laisse imaginer

    On se serait cru dans un vieil hôtel de passe des années 50

    Jérôme a posé un beau carrelage blanc, j’ai peint les murs en ivoire, et les sanitaires sont restés tels quels .

    J’ai encadré des reproductions de Bonnard, des scènes  de bain particulièrement douces.

     

    Encastré dans les murs, solidement accrochés, deux énormes porte savon assortis au reste

    C’est moche, impossible à nettoyer, inutile, mais pour l’instant je dois tous les jours m’accommoder de ces deux choses là

    Je n’aime pas les savonnettes, c’est sale

    C’est sale, quand après un travail on vient s’y frotter les mains, et qu’on ne lave pas la savonnette, c’est gluant, puis le savon sèche, il faut frotter

    J’utilise du savon liquide, c’est nettement plus hygiénique

    Mais Jérôme est un inconditionnel de la savonnette

    Les rares fois ou il fait les courses, il rapporte des savons, et hop, sur le coin du lavabo

    Tous comme les mouchoirs en papier, impossible, Jérôme a conservé le traditionnel mouchoir de poche en tissus !

     

    A la Tate Modern à Londres ( Jeanne qui se la pète ) j’ai vu une installation de  Miroslaw Balka, Soap and stainless steel, 2002

    Des dizaines de savons secs, usagés, reliés les uns aux autres par un cordon, le tout suspendu au plafond

    C’est joli un savon usé, l’odeur, l’aspect, la couleur

    Je trouvais que l’œuvre était originale, et je regrettais de ne pas en avoir eu l’idée, et en toute simplicité, je l’aurais posée au plafond de ma salle de bain, bien à l’abri des visiteurs,

    Les mécènes auraient eu beau faire des pieds et des mains, je ne l’aurais jamais exposée à la Tate Modern, ni même à Beaubourg, ni même au MOMA de SF, non, chez moi, avec mes autres œuvres, celles ci :

     

    Une salle de bain est un musée

    mobile toilette.JPG

     

     Jeanne , brushes, wood and soaps, 1998.

  • Bricqueboscq (2)

    volets fermés.jpg

     

    Peu de temps après ma communion, en 1977, ma grand-mère eu un souci de santé

    Elle fut hospitalisée

    Nous n’étions  pas inquiets, mon grand-père paternel y allait souvent

    En rentrant de l’école un soir, mon père pleurait fort, c’était bouleversant , il du nous avouer que notre grand-mère était morte, après cinq jours d’hôpital, d’une embolie

    Nous n’avons pas pu la voir, je l’ai quittée un jour, elle allait très bien, et puis fini, le cimetière, des gens qui défilaient, des cousins, les sœurs de ma mère qui faisaient des histoires ..

    Mon grand-père fut totalement anéanti, inconsolable .

    Il pleurait à longueur de journées, son chagrin était insurmontable, lui rieur, sa vie était finie, rien ne serai comme avant .

    Quand nous retournions à Bricqueboscq, le tic tac de l’horloge m’angoissait, j’étais triste, je cherchais vainement dans mes souvenirs, j’explorais les moindres recoins pour la retrouver, j’aurais donné n’importe quoi pour qu’elle revienne,

    Ma mère était malheureuse, elle proposa à mon grand-père de venir tous les midis pour déjeuner, il noyait sa peine dans l’alcool

    Un jour la décision fut prise, il s’installa chez nous

    Louis lui laissa sa chambre et s’installa dans le bas de l’escalier

    C’était invivable, Flo était en pleine crise d’adolescence, je détestais ma vie de collégienne, mon grand-père avait plein d’habitudes qui nous pesaient, nous devions passer dans sa chambre pour aller nous coucher

    Nous vivions à 6 dans cette toute petite maison, Miquette avait rejoins notre logis

    Parfois mon grand-père partait deux jours chez ses filles, mais il disait toujours qu’il était bien content de revenir chez Martha

    Sa vue baissa, il ne supportait plus de ne plus lire son journal

    Il restait des heures assis au bord la table de la cuisine, pensif, triste

    Il voulait rester ici, nous ne pouvions pas cohabiter

     

    Un lundi, mes parents partirent au marché de Bricquebec

    A leur retour, ils ne l’ont pas trouvé dans la maison, mon père a cherché, il l’a trouvé dans le hangar à foin

     

    Comment imaginer à cet instant précis ce qu’il a vécu, sa terrible détresse la poussant à lâcher prise, sans au revoir, sans lettre, sans message, il est parti, la retrouver..

    Je n’imaginais pas vivre tel traumatisme, telle douleur, j’avais 17 ans, trop jeune pour accepter, assez âgée pour comprendre

     

    La maison de Bricqueboscq fut louée, je n’y suis jamais retournée, je ne veux plus passer devant, j’ai assez d’images dans ma tête

     

    J’ai demandé à garder la poupée habillée en noir, c’est la mienne .

    Je me suis souvent dit que ma grand-mère était partie trop tôt, je n’ai pas idée de ce qu’elle serait devenue, son caractère si entier, elle serait peut être devenue insupportable

    J’ai eu la chance de vivre ces moments là, la chance d’être entourée de cette manière là, la chance d’avoir tout garder au chaud, précieusement

     

    Mon enfance s’est envolée en 1977, en 1983, j’ai commencé à vivre .

     

     

     

     

  • Bricqueboscq (1)

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    Nous ne partions jamais en vacances, à part quelques jours en famille en banlieue, mon père prenait ses jours de congés pour faire des travaux de jardin, les foins, les corvées

    Mes grands-parents maternels venaient nous chercher en 2 CV, nous allions Louis et moi passer trois jours chez eux

    C’était en 1973, 1975, a peu près, les loisirs n’étaient absolument pas organisés

     En arrivant à Bricqueboscq, nous avions nos habitudes, nos jeux, nos rituels

    Il y avait un sifflet blanc et rouge, avec une ficelle, que l’on faisait tourner, une bouteille avec un couple de danseurs qui valsaient au son de la boite à musique mécanique

    Nous passions du temps aussi a tourner l’essoreuse à salade

    Ma grand-mère nous laisser faire ce qu’on voulait, on vadrouillait aux alentours pour promener Miquette son loulou blanc

    On avait appris à ce toutou à faire des grimaces

    Nous montions au grenier, il y avait un casque de guerre qui me faisait peu, des tas de magazines « Notre temps «  empilés

    Ma grand-mère cousait des vêtements pour ma poupée, elle adorait ça, ils étaient très bien ajustés, solides

    En fin d’après midi, nous sortions le tourne disque

    Il était très moderne, on pouvait empiler des 45 tours qui descendaient

    Ma grand-mère rapportait des disques de ces pèlerinages, des histoires de saints, elle avait aussi un disque de Fernandel que nous connaissions par cœur

    Elle était d’une disponibilité incroyable, elle adorait notre présence, mon grand-père était très facile, jamais de réprimandes, rien, aucune autorité

    Nous étions très dociles, jamais d’idées farfelues

    Dans les chambres, il y a avait des tas de trucs vieillots, de la dentelle, des tas de tissus, une poupée habillée en noire que je n’avais pas le droit de toucher, je pouvais juste la regarder de loin, enfermée dans une armoire, des cahiers de mon oncle militaires

    J’aimais l’odeur de cette maison, tout ce qui s’y passait, chaque vacances étaient une fête, elles ne duraient que trois jours et deux nuits