24.06.2008

Le dentiste plaintif

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J’étais arrivée depuis quelques semaines dans notre ville, me voilà prise d’une horrible rage de dents

J’appelle les  dentistes nommés dans l’annuaire, et à la question «  êtes vous déjà patiente de monsieur.. ? » je m’entendais dire «  non-madame, on  prend plus de nouveaux  patients « 

Une femme décroche  et me dit «  venez tout de suite, on ne laisse pas souffrir les gens « 

Soulagée, je m’y rends, je la remercie de tout cœur, et le dentiste me soigne sans douleur.

J’y retourne plusieurs fois, je sympathise avec l’assistante dont la fille souhaitait  devenir  éducatrice  de jeunes enfants.je la prend comme baby sitter, une fille adorable.

 

Je suis restée fidèle à ce dentiste, c’est un brave homme, un bon bougre, gentil, souriant  mais il m’énerve !

      -d’abord il prend plein de rendez-vous, donc je poirote une heure dans la salle d’attente

 -il se plaint sans arrêt.

Il a ses raisons, il n’a pas une vie facile, il ne peut pas  aller à St Malo toutes les semaines, à cause du temps et  profiter de son bateau.

Ses dernières vacances, il est rentré épuisé, deux semaines dans une villa chez des amis à Ibiza, puis un passage sur la côté d’Azur «  c’est trop » m’a t’il dit, « je suis crevé ! » à son retour en septembre .

  Installée sur le siège, je lui demande s’il prenait ses vacances en août« Oui, deux semaines en juillet et en août, j’en ai besoin. Je ne vous ai pas raconté, je me suis cassé l’épaule, bêtement au ski, oh je n’ai pas voulu vous le dire la dernière fois, je n’en peux plus « 

Sous le son de Radio Classique, bercée par le bruit des machines, il raconte, en détails les démarches, les soins, qu’il a consulté les plus grands spécialistes, oui il connaît le milieu, il a ses entrées, 10 ans de rugby (4 fois ), c’est bête, bla, bla, il a pris du poids …bla bla..

Je décroche, je suis hors service , je n’écoute plus, ça ne m’intéresse pas, j’ai d’autres préoccupations, je hoche la tête, je crache dans le petit lavabo, il continue," ils veulent m'opérer, je sais pas trop..."  bouche grande ouverte, je suis ailleurs.

Voilà, c’est fini, il clos le monologue en rappelant que ses enfants faisaient une brillante carrière d’ingénieur.

Je reprends un autre RDV, en juillet, je reste fidèle, il ne fait jamais mal, c’est quand même essentiel, mais je me demande dans quel monde il vit ?

Pas le mien, pas celui non plus de la France  d’en bas..

Il m’a dit que sa retraite sera dure, il devra  travailler longtemps, et puis il n'a même pas le temps de manifester, contre les retraites, le pouvoir d’achat, bla bla bla.

   C’est tout pour aujourd’hui …j’ouvre la porte de l’ascenseur, il a fait un détartrage ,c’est agréable .

23.06.2008

Morphologie disgracieuse

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Il faut avouer  que le  résultat est plutôt concluant :

depuis quelques années, je combats d’arrache pied le vieillissement, et ça marche, mes rides s’estompent, une vraie peau de bébé, il paraît que je rajeunis.

  Demeure un problème cependant auquel je ne pourrai jamais remédier : je suis mal foutue.Je ne suis pas totalement bancale, difforme, de travers, mais je n’ai pas de taille ou très peu.Entre le bas de ma poitrine et ma taille, il y a..15 cm, approximativemant, je n’ai  pas mesuré.C’est héréditaire, je n’y peux rien, il me manque un  bout de corps.

Ma mère est pareille, ses sœurs aussi, le plus jeune en plus est petite alors, ça n’arrange rien ; dès l’âge de douze ans, nous avions la fierté de la dépasser.

Ah oui parce qu’heureusement j’ai des grandes jambes, enfin..

Lorsque  je suis au volant, on ne me voit pas, pas de conducteur, une voiture fantôme.

Les jupes ne me vont pas, inutile d’insister,  je dois m’adapter à cette morphologie, les tailles basses sont à bannir, les ceintures sont  grotesques.

Avec le recul, je me dis qu’il aurait fallu poser des anneaux autour de ma taille vers l’âge de 10 ans, comme les femmes girafes, j’aurais eu le corps de Nicole Kidman.

On aurait pu aussi  me poser un corset qui aurait été resserré un petit peu chaque jour, j’aurais fini par l’élection de Miss  Bricquebec .

Enfant, j’avais déjà un appareil dentaire, l’horreur, une torture, alors envisager également une extension du corps, aurait  était coûteux et pas remboursé par la Sécu.

 Certes je vous entends, « Jeanne, ta beauté est intérieure, il n’y a pas que ça qui compte, «  oui, oui mais quand même, cette malformation ne me met pas en valeur, je vous assure.

Le maillot de bain deux pièces, je peux pas, le maillot de bain une pièce non plus, je déteste la piscine, alors au fond, je vis bien ;

Heureusement je trouve des vêtements adaptés, des tuniques, des hauts sympathiques que j’associe à mes bijoux

Enfin pas tous, les colliers, je ne peux pas ; parce qu’en plus, je n’ai pas de cou …

  Il aurait fallu poser des anneaux, comme les femmes girafes. 

20.06.2008

Myriam

La première fois que j’ai vu Myriam, c’était le jour de ma communion, en 1977, elle était en compagnie d’un de mes cousins, son petit ami de l’époque.

Myriam avait deux frères, le plus jeune, joueur de foot à Rauville, pas très grand, il provoqua l’admiration de ma sœur, qui brutalement passa son dimanche sur les terrains.

De semaines en semaines, les deux tourtereaux se rapprochèrent, et ce fut le début d’une belle histoire.

Myriam devint la maman d’une petite Melina, et commença une nouvelle vie avec Baptiste.

Ma sœur s’est mariée en 1984, l’année de mon Bac, je revis Myriam à cette occasion et à d’autres rencontres familiales.

Des vies banales, bercées par l’arrivée des enfants, un petit garçon pour Myriam et Baptiste, puis une autre petite fille.

Le temps passe, mes trois neveux ont envahi la maison construite à côté de mes parents, ils sont devenus adultes, l’un d'eux est un brillant journaliste, le deuxième, mon filleul est salarié, il gagne sa vie comme intérimaire sur des chantiers  ça lui plait. Le petit dernier passe son Bac de Français.

Ils se voient souvent, ils sont proches, se réunissent chez leur grand-mère, le dimanche, à Noël.

Myriam a son tour est devenue grand-mère, une très jeune mamie, elle savoure ce passage là, elle n’est pas vieille.Melina est devnue mère .

  Le cœur de Baptiste pèse une tonne depuis trois jours, les yeux de Myriam sont brûlés par les larmes, les insomnies, la douleur.

Tenir bon, s’accrocher, pour qui, pour quoi ?

La vie s’en est allée pour leur fils, leur seul fils, qui se réjouissait de leur présenter à son tour son amie.

Tout bascule, tout s’écroule, Renaud, mon neveu  viens d’avoir 20 ans, il perd son cousin.

 « Putain de moto « 

  La douleur de mes proches me touche, je suis envahie par un sentiment de révolte, je ne peux accepter l’inacceptable.

Les larmes aux yeux, je regardais Mark faisant un morceau au piano à queue, mon fils..

  Mes pensées vont auprès d’eux aujourd’hui, qu’ils trouvent tendresse et réconfort auprès des leurs..

 

 

 

  A Maxime

A ses parents, ses sœurs, à Marie

A Flo , Gab, à mes trois neveux.

21.05.2008

La nympho

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La première fois que je l’ai vue, c’était sur un bateau promenade sur la Mayenne... Elle portait un tailleur coloré, elle était très maquillée, des bijoux clinquants, elle parlait très fort, à qui voulait bien l’écouter. Je l’ai revue quelques années plus tard à l’Hôtel de Ville.J’accompagnais Ellen au conseil Municipal des enfants ; elle parlait fort, interpellait quelques élus très mal à l’aise.

Elle porte tout l’hiver un manteau de fourrure, des clips aux oreilles dorées. Un jour Léa m’a dit que c’était sa voisine, qu’on l’appelait la nympho.

  Je l’aperçois souvent  à pied ou dans le bus, elle cherche toujours quelqu’un à qui parler.

Elle semble connaître plein de monde et elle est toujours seule.

Elle fait partie du décor des personnages de notre ville, comme le faux moine …

Des gens de la rue, ceux qui ne passent pas inaperçus, ceux qui un jour disparaîtront sans laisser de trace 

 

 

 

24.04.2008

Léo

Recroquevillé dans le fond d’un car, un homme d’une vingtaine d’années ne dit pas un mot.

Je pars faire une colo à Sallanches en Haute Savoie, pour trois semaines .Je connais à peine les animateurs, juste le temps d’une WE.

Le directeur est un inconditionnel de jeux de rôles, donjons et dragons, il vit dans ses délires, je fais abstraction.

Le visage de l’homme est familier, je pense l’avoir déjà vu, j’ignore  dans quelles circonstances. A l’arrivée, nous échangeons des banalités, il est plutôt distant, n’a pas envie de lier.

Les animateurs sont tous en couples au bout de 4 jours, génial ….

Après le cinquième repas, je me retrouve seule avec Léo, nous faisons connaissance un peu plus, il a fait une colo avec mon frère, j’ai fait un centré aéré avec un de ces frères.

Nous étions dans le même collège, au même lycée, sans se connaître.

Au bout de quelques jours, nous devenons complices, nous avons un humour très proche, corrosif, une vision commune d’animer le centre, une pédagogie bien ficelée.

Nous devenons inséparables, nous partons trois jours camper dans un petit village, resserrons encore plus nos liens .Au bout de 10 jours l’équipe d’animation perd le rythme, nous portons le groupe, enfants et animateurs.Nous adorions chanter ,ce que nous faisions sans réserve ,en group et en duo .

Fin juillet, nous nous quittons comme deux vieux amis, sans adresse, sans regrets.

Je recroise Léo un jour dans un train, il est avec Julia son amie, nous décidons de repartir en centre de vacances, l’été suivant.

J’étais étudiante à cette époque, je terminais en juin, j’enchaînais avec deux colos avant de reprendre en Septembre.Nous nous sommes retrouvés un deuxième été, à nouveau inséparables, d’une grande complicité, une amitié unique, on parlait seuls tous les soirs, deux heures au moins, il me racontait toute sa vie, je lui partageais la mienne. Je n’avais jamais connu une telle relation, lui était très amoureux de Julia, il galérait un peu, buvait beaucoup.

Je me suis installée dans mon premier appartement et aux vacances scolaires, j’allais voir Léo.Nous passions deux jours, tous les deux, souvent Julia avec qui il vivait été partie ou travaillait.

Ils se sont mariés, ils ont eu deux enfants, des jumeaux.nous étions toujours très proches, je les intégrais à mes nouveaux amis, nous étions  toujours complices, Léo fut témoin à notre mariage.

Julia le quitta quelques années plus tard, ce fut pour lui le plus grand drame, il ne parvint pas à supporter cet échec, il resta à Rennes.

Nous avons accueilli Léo jour et nuit, craignant le pire pour lui, médicaments, alcool, hospitalisations .Nous avons prêté une voiture, il eu un accident sans gravité.

Les choses avaient changé, j’étais sa bouée, son canot de sauvetage, il s’accrochait moi comme à un roc, je ne savais plus trouver ma place, il devenait exclusif, exigeant une amitié qui n’étais plus la même.

Un soir, chez lui, sous l’effet de l’alcool, il eu une réaction excessive, j’étais déboussolée, j’ai du faire un choix, douloureux, je devais couper tout lien avec mon ami, préserver, protéger …

Je n’ai plus de nouvelles de Léo depuis 9 ans, il ignore l’existence de Rose, je ne sais pas où il en est. Je pourrais peut être lui envoyer une lettre,, pourquoi, dans quel but ?

Nous ne retrouverons jamais notre histoire, j’en garde de bons souvenirs, mais je ressens toujours une énorme ammertume de l’avoir quitté dans de telles circonstances.

Chacun ses parcours, je n’aime pas les ruptures, pas celles là, il n’a pas non plus cherché à me retrouver, c’est peut être mieux comme ça.                                                                                                                                                                                                      

28.02.2008

deux étoiles à la statuette

1152183926.jpgQuand on s’appelle Belluchi, Mastroanni, Adjani …des telles sonorités pourraient faire croire à une carrière internationale, une vie de star récompensée par les plus grands titres du 7 art

Si vous portez un nom comme Binoche ou Cotillard, c’est raté, changez vite, trouvez un pseudo plus glamour, plus chantant, plus méditerranéen et vous décrocherez des rôles à la hauteur de votre talent

Juliette et Marion ont gardé ce nom bien frenchie, elles ont travaillé dur pour incarner des personnages, ont accepté que leur visage soit métamorphosé ( allez revoir, les « Amants du pont neuf «  de Léos Carax et appréciez la performance de Juliette Binoche

  Nos deux actrices françaises ont reçu le fameux Oscar, elles sont éblouissantes, authentiques, et malgré les critiques assassines des bien pensants qui savent nous dirent quel est le bon cinéma, ceux qui adulent les actrices aux cheveux gras qui font la gueule aux interviews (quand elles daignent en faire), ceux qui reconnaissent dans les films d’auteurs le vrai cinéma, à ceux là  je  dis, Marion et Juliette méritent la récompense suprême, elles ont ému des milliers de spectateurs, elles incarnent la grâce, l’élégance, la fraîcheur.. 

Quel réalisateur sera maintenant apte à leur proposer des rôles à la hauteur de leur talent ?

J’ai découvert Marion Cotillard dans les « Jolies choses «  magnifique

J’ai adoré Juliette Binoche, dans « Bleu « , dans « Fatale «  dans «  l’insoutenable légèreté de l’être «  ou elle jouait aux côtés de Daniel Day  Lewis, je vous le rappelle.(père du fils d’Isabelle Adjani)

  Bravo Marion ,bravo Juliette ,nos deux étoiles à la statuette ...

25.02.2008

Betty

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3 ans …

Je me souviens du coup de téléphone de Lorenzo, de ce que je faisais à ce moment précis

Je me souviens des heures qui suivirent, je ne trouvais pas la force de pleurer

Je me souviens des jours qui suivirent, je ne trouvais  pas la force de ne plus pleurer

Je me souviens de notre dernière visite

Je me souviens de Charles, ton fils qui avait fléché le parcours « maman est morte « 

Je me souviens des bras de ton père.

Je me souviens des mots de réconfort

Je me souviens de la douceur de ton foulard qui me reliait à toi

Je me souviens de ton dernier adieu

Je me souviens du froid qui envahissait mon corps dans l’église devant ton cercueil

Je me souviens du sublime « Dirait t on « 

Je me souviens de la flûte de ta fille

Je me souviens de l’isolement de son grand frère

Je me souviens de ce 26 février..

Je me souviens de ton immense sourire ……

Tu me manques …ma Betty …

 

 

 

 

A Lorenzo et à leurs enfants …

12.02.2008

Martha (2)

 

 

Les années passent, elle coiffe Ste Catherine, bientôt trente  ans, elle veut des enfants

De retour d’Algérie, elle croise un ami de son cousin. Ils sont un peu fous, les voitures, les sorties …ils se croisent en juillet, et s’unissent en octobre..

Trois enfants en deux ans, sa vie, toujours rude, pas de confort, les travaux de la petite exploitation, l’humidité.

Elle n’a jamais pu conduire, à essayer 5 fois, en vain, elle se persuade qu’elle n’en est capable, on lui a toujours dit.

Elle s’exécute, travaille, s’occupe de ses petits, ses bébés, sa fierté, sa vie …elle nourrit les poules, les lapins, elle astique en écoutant Ménie Grégoire, elle combat, la maladie, elle écoute. La libération de la femme lui passe un peu au-dessus de la tête..

Sa mère vient la voir tous les jours, elle adore ses petits enfants e, elle cherche à rattraper le temps, cette distance, cette froideur..

Elle partira en 1977,brusquement sans préparer ses proches, laissant le père de Martha dans le plus grand chagrin, il ne surmontera jamais sa solitude..

Martha s’occupe de son père, se fâche avec sa sœur, elle s’accroche à son bien, se bat contre la maladie, elle traverse des moments de déprime, exprime comme elle peut sa souffrance..

Son grand bonheur arrive en 1986, il se prénomme Gabin, un beau bébé de 3kg 5.

Marcha commence une nouvelle vie, la retraite, la voilà grand-mère, elle est heureuse, elle le pouponne, puis c’est le tour de Victor, un autre bébé choyé, admiré..

Un troisième garçon, Renaud, elle est encore heureuse, elle pense à sa petite fille, elle la rêve. Elle  lui offrira ce bonheur, …elle la  voit grandir …ouvre grand son cœur à son petit frère  et son dernier petit trésor, sa petite puce...

Elle vivra encore, sereine des passages difficiles, toujours souriante, remplie de cette vie rude et belle à la fois.

Martha est née avant la guerre, elle a vécu mai 68 dans un isolement certain, elle a vu les années Giscard avec la révolution ménagère, un certain confort, elle a survolé les années Mitterrand avec de gros changements, le départ de ses enfants, sereine et pensive, elle n’écrit plus depuis longtemps, ne lit plus non plus, se persuade qu’elle est bonne à rien, qu’elle ne saurait même pas faire une programmation sur un magnétoscope

La chose qu’elle sait faire, admirablement bien, c’est aimer les siens, inonder de confiance et de tendresse ceux qu’elle a engendrés …

Martha a aujourd’hui 74 ans, bon anniversaire Maman …

22.01.2008

Mon ami Anatole

Ce dimanche là ,Anatole est venu nous rendre visite, je pressentais qu’il allait venir, je l’avais dit à Jérôme.Nous avons fait un petit tour du jardin regardé les arbustes, son bambou qui a poussé près du bassin. Il aime beaucoup les jardins, les plantes aromatiques…les animaux.

Il me propose des pigeons, pourquoi pas, il y a de la place, on ira les chercher au printemps.

Je connais Anatole depuis 1982, c’est loin déjà, nous nous voyons deux ou trois fois dans l’année.

Autour d’un café nous causons, il me demande des nouvelles de mon frère, me dit qu’il l’a aperçu à Rennes il n’y a pas longtemps. Je lui demande aussi des nouvelles de son frère, il me dit qu’il n’aime pas le mois de janvier, il a le stress de perdre sa troisième étoile au Michelin. Le frère d’Anatole est un grand restaurateur parisien, sa compagne est journaliste, je le vois très souvent à la télévision où elle présente un journal quotidien.

J’ai toujours du mal à imaginer que cette femme, que je ne connais pas, côtoie comme moi Anatole, participe aux fêtes de familles, au réveillon, va chez Anatole, dans son presbytère..

Deux mondes qui se trouvent réunis par le hasard de la vie. deux mondes très, très différents, Paris, le luxe, les grandes tables, et la province, le sud Manche avec ses petites communes rurales, le bord de mer, le Mont St Michel

Nous restons deux heures à papoter à bâtons rompus, c’est agréable, j’aime toujours ces petits temps d’échanges improvisés, Anatole fait partie de mes fidèles amis, il reste et restera attaché à ma famille sans doute jusqu’au bout..

En regardant les infos du soir, une belle femme est face à moi, derrière l’écran, je pense à Anatole et me dis que peut être un jour je la croiserai à mon tour …

12.01.2008

Silhouette et coeur blessé

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Elle porte de longs cheveux noirs dont la racine blanche apparaît brutalement.

Elle est mince, assez grande, son maquillage trop apparent, son rouge à lèvre, trop vif, lui donne un air sévère, elle ne sourit pas, ses yeux semblent soucieux.

Elle porte des pantalons très larges, démodés, trop longs, déchirés dans le bas souvent mouillés. Elle porte souvent un cardigan trop court, laissant son ventre apparaître, elle a parfois une très longue écharpe, je ne lui donne pas d’âge, elle semble un peu vieillie par la vie et en même dégage une silhouette élégante.

Je vois cette femme depuis des années dans le quartier.

Elle a une petite voiturette sans permis, elle fait un bruit d’enfer quand elle se gare.

Elle fait traverser les enfants de l’école, elle arpente un gilet fluo pour être vue, les enfants la connaissent depuis des années.

Hier elle n’était pas au passage piétons au bout de l’école, à sa place un policier en uniforme faisait traverser les enfants.

Je l’ai vue frigorifiée dans le coin du parking, le visage rougi, les yeux encore pleins de larmes, portant une détresse , un fardeau inexpliqué .

Ce matin, le directeur de l’école avait enfilé le gilet  de signalisation vert fluo, je ne sais pas ce qui s’est passé, je ne sais pas pourquoi elle ne peut plus faire son travail quotidien, mais je ne peux m’empêcher de penser à cette femme …à son regard tourmenté ,à son coeur blessé ..

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