30.04.2009
En vrac , les idées de Jeanne

Sur le parking de mon lieu de travail, un débroussailleuse ventile avec rage, et les pétales de prunus recouvrent ma voiture
En sortant, elle est rose, envahie de pétales collées à cause de la pluie .
Le lendemain, je n’ai pas eu le temps de nettoyer, je roule dans la cour du lycée où j’interviens, les jeunes avec leurs sacs sur le dos et leurs uniformes noirs, me dévisagent comme si j’étais au volant d’une R 12
« ben quand , y’en a bien qui font du tunning , c’est pas mieux ? »
Ils sont bêtes parfois les djeun’s
« C’est un festival floral « me dirait Rose
J’aime bien la nouvelle chanson d’Olivia Ruiz « elle panique «
C’est frais, enjoué, j’adore
Je déteste la nouvelle coqueluche, le chanteur Slimy
Il serait le croisement de Prince et de Mika
Les chanteurs c’est comme les chihuahua, quand c’est pas pures races, on les reconnaît .
Dans un an on en parlera plus, tant pis pour lui , il faut juste qu’il ne dépense pas tous ses sous trop vite
Les sorties cinéma sont parfois déroutantes

Ellen est allée voir son amoureux en avant premier, il présentait son film Coco
Et voilà que quelques jours plus tard, une autre Coco, Chanel, cette fois sort en salle
Ne pas confondre les deux, vous pourriez être déçus
Je vais de ce pas acheter du tamiflu pour mes deux chinchillas
J’ai pas trouvé de masque à leur taille
J’ai peur quelles attrapent la grippe porcine
Je voudrais un nouveau cochon d’inde, pas mexicain
Les cochons mexicains sont trop bruyants, ils chantent fort, ils aiment peut être Slimy, ça peut les faire taire 
Mon nouveau cochon d’inde, je l’appellerai Coco
06:00 Ecrit par Jeanne dans aujourd'hui | Lien permanent | Commentaires (27) | Envoyer cette note
29.04.2009
Fan

On ne cherche pas forcement à devenir fan, c’est une aventure hasardeuse, solitaire, pudique, excessive, démonstrative
Les premières fois que j’ai entendu cette voix suraiguë, j’étais envoûtée, avec mes piètres économies j’achetais le 33 tours de son premier succès
Je l’écoutais en boucle, isolée dans ma chambre sur le seul électrophone de la maison
Ce n’était pas un chanteur à minettes, il n’était pas populaire, un peu énervant, peu souriant
A fil des années, j’ai commencé à guetter chaque passage télévisé, découpant des photos, copiant ses textes sur un cahier .
Je l’ai vu évoluer, travailler sa musique, j’étais toujours envoûtée par cette voix insolite, pouvant descendre dans les graves pour monter encore plus dans les aigus
Il était mon refuge, mon compagnon, ma force
J’aimais tout chez lui, je devenais passionnée, littéralement absorbée par ce chanteur
Au fond de moi, j’avais l’intuition qu’il partirai jeune, peut être parce qu’il parlait souvent de la mort, de la sienne
J’étais blessée par les moqueries, je ne parlais pas de lui, ou très peu, je continuais ma route, connaissant par cœur toutes ses chansons, chantant avec ma voix de soprano comme je pouvais,
Il s’engagea dans l’humanitaire, c’était l’époque des concerts pour l’Ethiopie, le restau de cœur. l’arrivée de la Gauche
Il me passionnait encore plus
Je forgeais ma conscience, je me tenais debout, ma vie devenait passionnante, heureuse, je vivais ce que je voulais
La mort me l’arracha, cruellement, violemment
J’étais effondrée, déchirée, cherchant desesperement sa musique, de nouvelles chansons
C’était fini, la fin d’une époque aussi, tant de départs après lui, ses amis..
Mon bonheur fut tout de même de l’avoir vu sur scène, j’en avais déjà parlé ici, c’était un des plus cadeaux de Louis
Je ne l’écoute plus, ces chansons passent encore sur les ondes, des reprises, pas forcement les meilleures
J’ai gardé tous les vinyles, je connais encore tous ses textes, tous par cœur
Les fois où je vois des images filmées à la télévision, j’ai le cœur serré, j’aurais des choses à lui dire, c’est trop tard..
Juste un petit bout de texte que je trouve particulièrement bien écrit
« L'enfant séché sur le sol d'Erythrée
Les traits tirés
Tire un trait
Sur cette terre aride et ridée
Dont il a hérité »
Depuis ce jour de janvier, j’ai connu le vide musical, mais j’ai grandi, on ne choisit pas ces aventures là..
06:00 Ecrit par Jeanne dans hier | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note
28.04.2009
Ca devient chaud !

Au commencement, ils et elles, étaient sagement alignés, bien droits, souriants, chacun sa place, chemises bien repassées, pantalons impeccables .
Et puis petit à petit, au fil des années, ils se sont déplacés, se dandinant, comme pour aller au bal des oiseaux, s’écroulant même parfois les uns sur les autres, bruxellant, flanchissant..
Et un jour, on leur demanda même de constituer des couples pour les secrets du monde, homme et femme, délicatement conviés à s’épauler
Je croyais que ça s’arrêterai là, et bien non, de nouveau par deux, elle sur le genou de l’homme, les amoureux des bancs publics
Seul problème de taille, il y a 70 hommes et 120 femmes, donc, certaines seront seules
En toute logique, les couples à la ville se reforment sur scène, en théorie, parce que je ne les vois pas toujours ensemble
Ne brisons pas les ménages, on appellera ça binôme
« Je veux un homme lance une soprano ! «
j’ai peur que ça finisse dans le sang cette affaire là
je m’explique
Les hommes déambulent, serviette sur le dos, ambiance salle de sport, arborent leurs biceps, roulent des mécaniques
Les femmes gloussent derrière eux, « m’as tu vu courir, m’as tu vu courir dans la rue ? «
Pont musical, les femmes se jettent sur les hommes (celles qui peuvent ) et dansent ensemble « j’t’aime comme un fou, hou hou, mais tu t’en fous « pour finir dans les bras du bodybuildeur
Moi, je m’en fous, j’ai mon ténor, la première qui s’approche elle prend une baffe
Ça devient chaud les répétitions, on va enflammer le théâtre dans quelques semaines avec tout ça .
Et vous croyez qu’on s’amuse ??
06:00 Ecrit par Jeanne dans aujourd'hui | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note
27.04.2009
Traumatismes

A cette époque, comme tous les enfants, nous étions vaccinés contre les maladies contagieuses et dangereuses, qui me faisaient peur rien que de les lire, Diphtérie, Tuberculose, polio …
A ces mots j’associais un fauteuil roulant, des béquilles ou de longues agonies
Les vaccins étaient administrés aux enfants de la commune, à la Mairie, collectivement, le mercredi matin
Un vieux monsieur, le Docteur B, me terrifiait, il bougonnait, faisait mal, et surtout, j’étais totalement traumatisée à l’idée de devoir me dévêtir devant tout le monde, et en particulier devant l’instituteur qui était toujours là, parce qu’il était secrétaire de Mairie
Toute mon angoisse était contenue, je ne disais rien, je ne revendiquais rien, la seule intimité pourtant à laquelle j’avais le droit, ma pudeur, mon corps
C’était traumatisant, j’avais peur, je vivais ça comme une agression ultime
J’aurais payé n’importe quoi pour que les vaccins soient fait par le médecin de famille
Certains élèves avaient ce privilège, je les enviais, pour nous ce n’était même pas envisageable .
Ma mère ne nous prévenait pas, elle nous emmenait vers l’église et toc, on se retrouvait devant cette porte de bois, comme un prisonnier que l’on mène à l’échafaud, je savais aucune issue possible
Des mères étaient là, attendaient, leur gamin sur les genoux, c’était un pur cauchemar
Je n’osais même pas voir le carnet de vaccinations, le carnet de Santé bleu, c’était la trace d’un passage si douloureux
Quand mes parents allaient voter, sur le parking de la Mairie, j’étais terrifiée, cette porte m’angoisser, je gardais tout, n’osant même pas dire ou gueuler « je veux pas ! «
Aujourd’hui encore je tremble comme une feuille en déposant mon bulletin dans l’urne
Le docteur B est mort, je suis tombée raide dingue du Docteur Ross et mes enfants adorent notre Docteur H qui la dernière fois leur proposant des patchs anesthésiants avant le vaccin .
A tous ceux qui croient encore que dans les années passées, on savait mieux » élever » les enfants, que dire de tous ces traumatismes latents, cette idée que les enfants sont des trucs qui peuvent se dévêtir comme on épluche un oignon, sans réserve, sans intimité.
Je suis encore traumatisée par ces silences, en parler ou l’écrire, je le fais avec violence, pour aider aussi les lecteurs à comprendre qu’on ne minimise pas le corps d’un enfant, qu’on respecte les émotions, l’individu
Je le fais aussi parce qu’un de mes lecteurs m’avait inspiré l’idée de parler des vaccins, terreur de l’enfance, et je pense que ça vous parle aussi …
06:00 Ecrit par Jeanne dans hier | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note
25.04.2009
Les cent papiers
Marie Camille a des doigts en or, elle est créative, minutieuse, modeste, et fait vivre avec passion des tableaux, des collages, des peintures
Elle s’est lancée dans la réalisation de papier
Elle coupe, met à tremper, mélange, fait sécher, tranche et le résultat est surprenant : du papier de couleur recyclé, léger, granuleux, dentelé.
Elle m’a donné quelques feuilles de ses papiers
Je les ai d’abord déchirés, puis fixés à un petit fil de fer qui me sert à faire taire les tulipes bavardes.
Puis je les ai accrochés à des branches de saule tortueux elles-mêmes fixées sur le plafond du salon
C’est léger, aérien, éphémère
Un petit bout de mon amie dans ma maison !
13:55 Ecrit par Jeanne dans aujourd'hui | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note
24.04.2009
Les petits écriteaux

Dans le cultissime film le « père Noël est une ordure « avez remarqué le nombre de petits mots posés sur les murs en guise de consigne ?
J’ai pu constater que sur mon lieu de travail il y avait à foison, des petites pancartes visant à faire respecter les lieux communs, salle de pause et toilettes
Je ne résiste pas à vous les faire partager :
« Aujourd’hui, 20% de la population mondiale, consomme 80 % de l’énergie,
Une ampoule allumée inutilement dans chaque foyer français, correspond au fonctionnement de 2 réacteurs nucléaires, nous vous remercions d'éteindre la lumière quand vous quittez cet endroit
Vous pouvez lire ça quand vous êtes installés
Sur le mur à votre droite :
« Merci de laisser cet endroit propre «
Derrière vous :
Merci d’enfoncer à fond le bouton et le maintenir quelques secondes pour éviter toute fuite d’eau
Oh là, mais ça faut trop, je me rappelle plus de rien, qu’est ce qui faut faire ?
A la salle de pause, voici mon préféré :
« Nous rappelons à tous que l’activité V ne comprend pas la myciculture, il est donc préférable de ne pas cultiver de champignons, même au fond des tasses «
C’est politiquement correct tout ça
Le pire, c’est que vous les avez lus une centaine de fois, tout comme le lapin qui se coince les doigts dans le métro, mais votre regard est attiré, parce que vous n’avez que ça à lire..
Alors, si c’est toujours aussi sale, c’est que vous y mettez vraiment de la mauvaise volonté !
Je vous ai épargné l’écriteau au-dessus de la photocopieuse : un pamphlet militant écologique digne d’un discours d’un député des Verts
06:00 Ecrit par Jeanne dans anecdotes | Lien permanent | Commentaires (27) | Envoyer cette note
23.04.2009
Jeanne et les talons

Aux soldes d’hiver, j’avais craqué pour une jolie paire de chaussures à talon, dans le magasin de la grande artère chic et commerçante de notre ville
Le magasin de chaussures fabriquées en Mayenne (oui ) où va se ravitailler Patricia, où l’on trouve des crocs …
Arrêtes Jeanne, tu vas pas nous faire un billet là dessus, c’est pas un blog de mode..
D’accord, mais quand même je dois raconter
Les chaussures en question, je les avais portées une seule fois, au dîner où je m'étais endormie à table , quelques heures, assises, tout allait bien
Mais loin de moi l’idée de les laisser dans le placard à bavarder sagement avec les autres paires, il me faut les sortir, les montrer, les porter souvent
Seulement, je l’avoue, avec des talons je suis déséquilibrée, je marche sur les glaçons, handicapée des pieds, malgré le confort et la souplesse de mes escarpins .
Je les mets au dîner chez Jeremy et Sofia, tout va bien, mais bon, un dîner c’est facile
Lundi, reprise du travail, ayant travaillé des années en crèche, toujours en nu-pieds, j’ai envie de faire ma maligne, je me décide, aujourd’hui je porterai mes talons
Ellen me fait des compliments, » ça t’affine, ça te grandit », merci ma fille, belle solidarité féminine
Dans la matinée, tout se passe bien, je cause, les stagiaires se présentent, je reste assise un moment ?
Pause déjeuner, la chaleur monte dans la pièce
Je reprends mon cours, je sens que ça gonfle, que mes pieds ont besoin d’air
A 15 heures, j’aurais payé cher pour finir mon cours pieds nus, impossible, je ne peux pas les enlever discrètement non plus .
Je suis courageuse, je tiens bon ..
17 h, je suis au bord de l’explosion, je traîne encore, au volant c’est un peu le torture, Cendrillon n’a plus la même pointure dirait on .
A la maison, je les expulse, et j’enfile des ballerines en toile, l’horreur, ça rentre à peine
Mon dieu que c’est moche !
Mais je suis fière, j’ai tenu, toute la journée
Et aujourd’hui je peux l'affirmer, Jeanne a peut être des doigts en or, mais elle a surtout des pieds en silicone .
Pour les plus sportives , il y a des créateurs qui ont pensé à tout :

06:00 Ecrit par Jeanne dans aujourd'hui | Lien permanent | Commentaires (30) | Envoyer cette note
22.04.2009
Gare de Nice

Il faisait très chaud en cette fin d’été, j’étais épuisée après ces trois semaines de colo, je quittais St Auban pour rejoindre la gare de Nice, avec un groupe de gosses qui avaient le cœur serré de quitter leur lieu de vacances
Le troupeau rentrait en train et avec un animateur, je ramenais le reste, direction Caen
Arrivée en gare, j’entends une voix
« Mademoiselle Jeanne T est demandée au guichet X «
Mince, je suis en proie à des hallucinations.. C’est pas moi ?
J’entends à nouveau la même voix, mon nom, j’entends mon nom, c’est pas possible, c’est pas moi qui suis demandée,
En même temps, ça ne peut pas être un homonyme, mon nom de famille n’est pas courant du tout
Au autre je demande
« Vous avez entendu, mon nom ?
Jeanne d’Arc, tu entends des voix, ça va pas non ?
Une troisième fois, toujours le même timbre, je crois devenir dingue
Sans rien dire, je file en douce téléphoner à la colo, ils y sont encore
Arnold décroche, il me parle de banalités, veut savoir si tout va bien, je le rassure, ne lui dit rien sur cet appel au micro, je suis convaincue d’avoir rêvé .
Nous installons le troupeau dans les compartiments, une longue nuit nous attend
Plusieurs mois plus tard, Arnold m’appelle, tard le soir, comme il avait l’habitude de le faire
« heureusement que tu as entendu mon appel à la gare de Nice «
Il m’avait fait appeler, pour de vrai, comme dans les films, pour me dire.
Pour entendre ma voix, rien de plus, je le savais attristé par ce départ, sans Jeanne, la colo était déserte ..
C’était l ‘époque ou les téléphones portables étaient des objets de science fiction
Si j’en avais eu un, toute la nuit, nous aurions pu dire …
06:00 Ecrit par Jeanne dans anecdotes | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note
21.04.2009
Susie

Ma mère a trois sœurs, la plus grande Edith, la moyenne Suzie et une autre dont je ne parlerai pas
Susie a toujours été plus petite, chétive, un peu plus épargnée que les aînées, par les travaux pénibles
J’ai des souvenirs merveilleux avec elle chez mes grands-parents à Bricqueboscq, elle était disponible, aimante, douce, rieuse
Je l’aimais, si y’avait quelqu’un dans cette famille un peu désaxée qui était un repère, c’était elle
Elle venait chez nous, elle restait dormir, j’adorais la voir descendre le matin
Elle comprenait nos vies, sans les juger,
Elle travaillait dans un hôpital psychiatrique , avait une bonne ouverture sur le monde, connaissait des malgaches, nous qui n’avions aucuns contacts avec d'autres nationalités
Elle avait aussi cette particularité, elle m’écrivait .
A chaque anniversaire, une carte, tous les ans, c’était d’ailleurs le même jour que le sien, cela nous rapprochait
Elle a toujours pris de nos nouvelles, des enfants, ils la connaissent, l’apprécient
Je ne l’ai pas vue depuis longtemps, trop longtemps
Et puis Suzie qui est toujours très active, c’est mise à Internet
Et elle a réussi à m’envoyer un mail, et j’étais ravie de communiquer comme ça avec elle
Il y a quelques jours, un autre mail de Suzie, elle me parle du week end avec Louis, des chatons, de l’économe dans le tas d’ordure, toutes ces histoires, et oui, vous l’avez deviné, elle lit mon blog !!!!!!!
Et là, et là, je crois qu’il n’y a rien de plus extraordinaire, savoir que cette personne, qui a tant compté, suit mes petites histoires, s’émeut sûrement sur des passages qui font aussi partie de sa vie, je trouve ça particulièrement touchant
Cela m’encourage encore à poursuivre, à raconter, pour cette mémoire là, la notre
Elle commentera peut être un jour, pas grave si elle ne le fait pas, c’est tout simplement suffisant de la savoir là, devant son écran, sur le blog de sa nièce Jeanne
Je pense qu’elle en est fière aussi..
Que cette vie ordinaire est exaltante !
06:00 Ecrit par Jeanne dans aujourd'hui | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note
20.04.2009
L'encre

Le matin, l’encre violette brillait dans le trou sombre de l’encrier en porcelaine
Les taches sur les côtés me dérangeaient, j’aimais voir l’encrier propre, j’y plongeais ma plume et laissais glisser de jolies lettres, en prenant soin de poser mon buvard rose en dessous
J’aimais l’encre et l’écriture dès l’école primaire
En sixième, ma mère m’a offert un stylo plume
Il était magnifique, j’aimais toujours écrire à l’encre, définitivement je laissais tomber le stylo bille, je détestais les ratés, les traits pas assez francs
Un peu plus tard, j’ai décidé d’écrire à l’encre noire
J’avais une petite trousse dans laquelle j’avais déposé mes stylos plumes, quatre couleurs, des cartouches adaptées.
Un jour, on me l’a volée.
Je ne me lassais pas d’écrire, ça ne me coûtait jamais, mon écriture s’affinait, devenait de plus en plus personnelle
Avec mon encre noire, j’ai écrit des centaines de lettres, j’ai reçu beaucoup de lettres à mon tour, j’écrivais à des copains, des rencontres, des amies ..
J’aimais choisir des timbres, des enveloppes, des choses fantaisistes, mais pas trop, le passage du facteur était un moment attendu aux vacances d’été
Ma mère déposait mon courrier sur le buffet de la cuisine, c’était toujours mon petit bonheur en rentrant du lycée
J’adorais le mot « correspondance «
Ecrire, raconter, confier, c’était un besoin, manier les mots, les verbes, lire, recevoir
J’ai tout gardé, toutes les lettres, jamais une jetée, trop personnelles
D’où me vienT ce besoin de coucher les mots sur papier, puis sur clavier tous ces mots, je ne cherche pas, je fais, c’est comme un jeu, comme d’autres feraient de la course à pied, du cheval, du ski, moi je ne fatigue pas d’écrire pire encore , c’est presque une drogue
Pour le plaisir de me raconter, la richesse des émotions, le lien, tout simplement
Je comprends très bien que pour certains ce soit un obstacle, peur de faire des fautes, de ne pas être compris, d’être jugé
Je comprends leur souffrance héritée souvent des jugements des enseignants, ces annotations en rouge assassin, « mal dit « « confus « « nul «
Je ne sais pas nager mais je peux écrire, j’ai ce truc qui m’anime, aucun regrets de ce que je ne sais pas faire , une entière satisfaction à cultiver ce que j’ai, un peu, une écriture ordinaire, pour une femme ordinaire
06:00 Ecrit par Jeanne dans anecdotes | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note


