30.10.2008
Quitter ma ville
Jérôme est inquiet pour son travail, la crise, les marchés gelés, plus de contrats à venir, des chaînes de production qui risquent de fermer momentanément
J’ai rêvé que nous déménagions, nous nous nous installions dans un petit appartement à Belfort, nous n’avions pas d’enfants.Je le visitais, il était en rez de chaussée, derrière l’immeuble, il y avait la merJe crois que c’était une plage du Havre, des galets
Je n’avais pas le choix, nous n’avions pas dit à nos amis francs comtois que nous étions de retour, on les savait heureux de nous revoir, nous n’aurions pas de mal à nous réintégrer
Après 15 ans, je ne peux pas me faire à l’idée de quitter Laval un jour
C’est un endroit que j’adore, j’y ai tous mes repères, les enfants ont vécu ici, je n’y aucune racines, mais c’est là que je me sens bien
Tout est facile, les transports, les loisirs, notre maison, avec un grand jardin, en pleine ville
Les gens sont plus qu’agréables, j’ai tissé un énorme réseau amical, des copains, des amis de toutes sortes, des travailleurs sociaux, des profs, des artistes, commerçants, banquiers, ouvriers, agriculteurs..de tous horizons
je ne peux me faire à l’idée de devoir partir, tout reconstruire ailleurs, je ne pourrais pas renoncer à mon chœur, et je sais que je ne pourrais jamais retrouver ça ailleurs, même sur de grandes villes
Je ne peux pas quitter ma ville, reconstruire demande tellement d’énergie, c’est trop long..
Je veux continuer à traverser la Mayenne plusieurs fois par jour, me balader en ville et croiser des tas de visages connus, je veux soutenir encore les élus, faire et aller à plein de spectacles à la salle Po , emmener encore les enfants des centaines de fois à la bibliothèque, ailleurs,
Je ne suis pas prête, pas du tout adaptable, à une nouvelle vie, pas du tout …
Je ne suis jamais sentie aussi bien ..

17:49 Ecrit par Jeanne dans aujourd'hui | Lien permanent | Commentaires (28) | Envoyer cette note
29.10.2008
Double lecture
A chaque publication d’un nouveau billet, les commentaires arrivent, un réel plaisir pour moi, de découvrir les réactions de lecteurs .
Je me rends compte que chacun rebondit à partir d’un même sujet, mais qu’il apparaît plein de manières de s’approprier ce texte et qu’alors différents thèmes découlent de ce même billet
Prenons l’exemple de «Bleu «
Divers points de discussions, réactions apparaissent :
- le film, on a aimé, vu, pas envie de voir …
- le travail de deuil, les histoires tristes
- le cinéma polonais
- le mobile, son aspect, la technique
- l’entretien de ce mobile, astuces et conseils …
Et on pourrait trouver plein d’autres exemples, car au fur et à mesure, les commentaires entraînent d’autres réactions, c’est infini.
Ca se termine même par une discussion qui n’a plus aucun rapport avec le billet de départ
Les lecteurs non blogueurs me disent parfois :
« Dis donc Jeanne, tu les connais ceux qui viennent sur ton blog ? »
« Euh.. Pas tous.. si Risette, on s’est vu à Londres «
ils voient des noms, insolites, curieux,
des Didou , Carl , Risette , Louise , Jean Pierre , Gwen , Barbie , féeclochette , Vonric , Ksenia ,Fay ,Franck, Monsieur Plus, Dana ,Antiblues , Uhsn ,Elisabeth , Amapola, Fanette , Marc , la virge ,la fugitive ,Nina , Elle , les ‘Cha , Plume , Cigale …….
Oh, c’est qui ce monde là ?
(Je suis épargnée par les Bébert 53, Riton 72,c’est pas non plus un blog de routiers..)
je ne les connais pas, … faux, j’ai alors l’impression de les connaître, de connaître leur vie, ce qu’ils veulent bien en dire, leurs émotions
Au fil des mois, nous devenons complices, des communautés prennent forme, c’est drôle, virtuel, me direz vous pas tant que ça .
Il a des gens que je croise très souvent et je ne les connais pas, ou très très peu, en fait je ne sais rien d’eux .
Parfois, il m’arrive au gré d’une conversation entre amis, de repenser à une anecdote racontée par un ces personnages mystérieux, l’envie me prend alors d’en parler, pour alimenter le débat parfois, et je m’arrête net, je vais parler de qui ?? un gars, une fille, un homme, un ami, une copine …
Ce sont nos codes, nouveaux certes mais vraiment amicaux, des vrais liens d’hommes et de femmes, des réseaux tissés sur la toile, les même que ceux qu’on a en voyage, des rencontres de quelques jours, mois, années, peu importe, dans les rapports humains, il n’y a pas d’échelles
Certains ont du mal à le comprendre, à l’accepter
Chez Jeanne ou ailleurs, c’est tout bêtement un lieu de rencontre, un café ou débattent et se confient ceux qui y passent, y reviennent, les fidèles..
Il y a les anonymes qui viennent ce détendre par le billet du jour, pas d’obligation d’y laisser sa trace
Chaque tournée est gratuite..
08:25 Ecrit par Jeanne dans aujourd'hui | Lien permanent | Commentaires (34) | Envoyer cette note
28.10.2008
Rire et bipolarité
Mon frère souffre d’une maladie psychiatrique appelée Bipolarité .
Ce n’est ni tabou, ni secret, tout simplement très pénible parce que cette maladie pollue sa vie, l’empêche de vivre comme tout le monde, de travailler, sortir..
Ses journées sont ponctuées par des moments de calme, puis de grosses angoisses, des pensées morbides, du stress incontrôlé rien qu’à l’idée de vider une poubelle .
La bipolarité est peu connue, et implique des réflexions de l’entourage, faites de « il faut se bouger « « y’a qu’à « .. Et surtout de silences face à la maladie, on fait comme si. ..
Quand mon frère, après une période très chaotique m’a annoncé son diagnostic, je lui ai dit
-« tu as bipolaire, ah mais je connais, la mère d’Abby l’est aussi, ainsi que son frère «
Vous ne connaissez pas Abby Lockart, la femme de Luka, médecin au Cook County de Chicago ?
Notre complicité, nos années de vie commune ont forgé des liens très forts et un sens certain du calembour, de la Private joke et de la dérision .
Mon frère, très vif d’esprit, a une énorme faculté à faire rire son auditoire, et c’est une arme qui, malgré la prise de médicaments, reste très combative .
Un dimanche du mois d’août, nous emmenons les enfants au parc, devant la cabane des chèvres, il me dit
« -Tiens, un bouc émissaire ! «
ça me fait beaucoup rire, c’est spontané, bien placé, très fin
Mes enfants adorent son sens de l’humour, sa présence, ses terribles éclats de rire, pour rien parfois, ses imitations, non exportables, car trop ciblées
Il est drôle, très souvent totalement déprimé mais drôle, c’est un paradoxe total .
Du coup ; malgré cette maladie, il est entouré de ses amis, sa famille, et je crois que ce don, inné de la plaisanterie est une énorme bouée
Quand j’étais plus jeune, je le présentais à des amis, très vite, c’était le héros, la vedette, le personnage populaire, et on en redemandait, son public avait droit a des sketches improvisés qui suscitaient vite des larmes, des rires incontrôlés, et plein de joie .L’autre jour, il m’envoie ce mail :
En 1990, lors du sommet de Versailles, je regardais le défilé des 50 chefs d'Etat présents. Les policiers m'avaient interpellé et demandé de circuler, de rentrer chez moi, alors que c'était tout à fait mon droit que de regarder le défilé. J'avais envie de leur dire que j'étais venu pour voir le défilé, que je n'étais pas là pour me faire engueuler.
Je lis, ça me fais rire aux larmes, c’est bête, consciente que ça ne ferait pas rire tout le monde, mais c’est ainsi, un humour très interne que Jérôme a du depuis tant d’années accepter .Jérôme, lui rit plus souvent de nous voir rire que de la blague en elle-même .
Cette protection est fatale, rire, se protéger, me protéger, ne pas me laisser subitement ronger par le drame, la non-acception de la maladie, les projections, l’avenir …
03:20 Ecrit par Jeanne dans anecdotes | Lien permanent | Commentaires (28) | Envoyer cette note
27.10.2008
Le procès du siècle

Un beau matin d’automne, je décide d’aller faire une petite balade en ville
Je me gare Place de Hercé, comme d’habitude et je redescends par la Place des Acacias
Je me dirige ensuite vers le Palais de Justice, récemment construit ( au passage il fermera certainement dans les années à venir ) et j’aperçois des barricades, des CRS et des équipes de télévision, la presse radio..
Mais oui, c’est aujourd’hui le procès du siècle
Un procès exemplaire, pourtant je vous avais dit que ma ville était calme, alors on juge qui, un sérial killer, un bandit de grand chemin, un mafieux, un voleur de brouettes ?
Rappelez-vous, en août dernier un événement s’était produit dans ma ville, et certains d’entre vous ont pu profiter en Live de cette visite exceptionnelle
Et bien ce jour là, un homme, mayennais, a commis un délit incroyable
Il attendait le passage de notre Président, à côté du supermarché qui fabrique le plus long rôti de porc du monde, pour le Téléthon, et il avait dans ses mains, une pancarte, sur laquelle était inscrit
« casses toi, pauvre. .. «
L’autre aurait pu laisser dire, ou bien répondre « c’est celui qui le dit qu’y est « ou bien ne pas se sentir visé, et bien non, l’homme a été interpellé par la police, emmené au poste et condamné .
Franck en avait parlé sur son blog .
Vers 12h, au retour, j’aperçois devant le palais de justice, des babas cool, bobos, et autres alter mondialistes avec dreadlocks et rastas , bonnets péruviens et gilets tombants qui s’activent pacifiquement au bar en face, ou est prévu un concert de soutien, l’ambiance est bon enfant, j’espère bien que notre Maire sera là en début d’après midi.
Je suis folle de rage, c’est du délire, tout ça pour ça, proprement scandaleux, de déballer tant de moyens
L’homme est fier de lui, son procès est un symbole en ça il a raison, moi je suis outrée, choquée qu’un tel déploiement judiciaire puisse avoir lieu pour cette raison là
Va t’il aller au bagne ?
Non, il sera condamné à verser 1000 euros d’amende pour outrage au chef d’état, à suivre …
La prochaine fois qu’Il viendra dans notre ville, je me garderai bien de sortir sur son passage, rien que ma personne, ma plastique, peut représenter une insulte à notre Président de la République .
Je pourrais compter au moins sur votre soutien cher amis lecteurs..
08:19 Ecrit par Jeanne dans aujourd'hui | Lien permanent | Commentaires (28) | Envoyer cette note
25.10.2008
De gros tracas
Quand je m’approche de lui, je sens une respiration haletante, il siffle, ce n’est pas signe de bonne santé
Parfois j’ai même peur de le trouver mort, ça m’angoisse
J’essayerai bien la Ventoline, la Bécotide, mais il bouge beaucoup, et puis j’ai peur de me tromper de dose …
Alors, je ne fais rien, compte sur la bonne étoile
Oui, je crois que mon cochon d’inde est asthmatique .
Souvenez-vous de l’intervention sous anesthésie de Mimie la vedette, rassurez-vous, elle s’est bien remise, et l’abcès a disparu, plus d’éternuements .
Mais je n’étais pas au bout de mes peines … nous avons découvert un kyste sur le côté droit ( j’ai tout de suite pensée au pire, vous savez )
Mais la voyant sauter dans les arbres, je lui ai dit « tu es courageuse, tu vas guérir toute seule «
-Maman, c’est grave «
- Faites-moi confiance.. »
Je regardais plutôt ma carte bancaire, et par miracle, le kyste a régressé, une plaie, puis une croûte et hop, notre chat a guéri tout seul.
Bonne nouvelle, mon chinchilla semble avoir renoncé à bouffer les grilles de sa cage, je devrai donc être épargnée par les frais de dentiste et ses dents vont lui permettre une certaine longévité ( ça peut vivre 25 ans ces bêtes là )
Un tracas de moins, mais gare aux courants d’air, une bronchite pourrait être fatale
Un autre tracas ; notre hamster
Il a lynché son colocataire, le pauvre, en sang, j’ai dû l’euthanasier et depuis, le meurtrier vit, retranché dans sa cabane en bois, il est totalement asocial le psychopathe, il ne sort jamais, juste pour grignoter quelques graines de temps en temps
Il s’est fabriqué un retranchement avec du papier journal, et se terre jour et nuit dans son antre …
Je ne consulterai pas, c’est décidé
Dans tout ça la Mimine vaillante a peur qu’on l’oublie
Alors elle investi nos meubles,
Nos tiroirs
Et Mimie se planque dans les sacs,
Quelle vie … ma ménagerie …
11:30 Ecrit par Jeanne dans aujourd'hui | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note
24.10.2008
Givre , cristaux et patins
Inspiré des contes d’Andersen, ce mobile est composé de pampilles transparentes, de danseuses et patineuses
Cristaux, givre, patins, neige, il a trouvé sa place dans la chambre de Rose
Voilà une autre création faite de mes petites mains
Mes mains : parlons-en !
L’autre jour, je regarde un peu plus près et horreur ! j’aperçois de petites taches de grand-mère
Je pousse un cri et décide de me rendre illico à la parfumerie chercher un remède miracle .
En arrivant , j’aperçois la vendeuse qui m’avait demandé si je mangeais mon rouge à lèvres, mais je suis interpellée par un homme, un jeune homme .
« Madame, je peux vous renseigner ? «
J’explique ma situation dramatique, et lui demande conseil .
C’est alors que le vendeur, énervé comme une puce, me propose un diagnostic, regarde mon visage :
« Ah mais vous en avez aussi sur les joues ? »
Ca va pas, je suis maquillée d’abord, comment il voit ça .
Et il se lance dans une plaidoirie effrénée, me conseillant un sérum révolutionnaire à 115 euros le flacon
Il est malade, je vais quand même pas dépenser une telle somme pour trois taches sur les mains ?
Tout à coup, j’assiste à un remake de la « cage aux folles «
Il continue comme un fou, grands gestes efféminés et excessifs
Ouh là, j’ai rien comme la communauté gay mais bon celui là, il est quand même top !
Il insiste, me propose un autre produit, absolument fantastique à poser tous les jours pendant 6 mois
Il me dit que c’est l’occasion ou jamais, et il part vérifier les offres de l’année et là, est presque en train de me faire croire que c’est une affaire car j’ai 10 % de remise
Eh, du calme !
Je n’ose même pas lui demander une dose d’essai
Non, non pas question, ce qu’il ne sait pas c’est ma amie Zohra peut m’avoir le produit en question à un prix correct .
Et monsieur me laisse quasiment fâché
Ah !!! il débute sûrement et s’il veut garder sa place, il doit faire du chiffre
Oui mais pas avec Jeanne, c’est une mauvaise cliente .
Allez puisque vous insistez , je vous montre une photo de les fameuses mains .

08:44 Ecrit par Jeanne dans aujourd'hui | Lien permanent | Commentaires (33) | Envoyer cette note
23.10.2008
Culpabilité

Une jeune mère me dit qu’elle refuse l’utilisation du four micro onde pour réchauffer un biberon pour son bébé
C’est son choix, ça ne me gène pas du tout, personnellement, je n’ai jamais accordé d’importance à ça.
Un peu plus tard, la conversation continue, sur les fameuses couches lessivables, elle veut tenter l’expérience, très bien ( mince, la conversation me gonfle, j’étais là pour déconner, et je m’étais pourtant entourée d’hommes pour éviter ce genre de conversations.. )
Les dessus, elle m’interpelle avec le mot, qui ne faut pas trop me dire « c’est un geste pour la planète, tu te rends compte tous ces déchets «
J’ai horreur qu’on me culpabilise, je ne relance pas le débat,
« - les gars vous avez pas autre chose à raconter ?? «
Plus tard, cette même personne, nous dit qu’elle est une accroc du portable au volant, qu’elle a beau se faire arrêter, rien n’y fait, elle conduit en téléphonant
Je ne peux m’empêcher de penser que c’est sûrement plus dangereux, surtout avec un bébé que le micro onde...
Je me tais parce à nouveau, je ne veux pas la culpabiliser.
Cette fameuse culpabilité, ce fardeau que nous portons, avons souvent hérité des nôtres, et qu’il faut bien du temps à dépoussiérer
Pourtant, je crois que c’est parfois un passage obligé pour réagir aussi.
Dans ma profession, j’exerce, forcement, une influence directe sur mes stagiaires
Certaines, se prennent, d’un bloc, une vision bien différente de ce qu’elles connaissaient de la pédagogie, de la place de l’enfant, du parent, et du professionnel .
Alors, dans leur rôle de mère, elles sont blackboulées
J’ai beau leur dire, qu’il ne faut pas prendre à la lettre ce que je leur enseigne, mais ma simple position, mon ora, fait que brutalement elles culpabilisent.
Je leur en parle alors, consciente de l’influence que j’exerce, je mets en avant le fait que la proximité, l’amour, et l’intention portée est tellement déjà considérable
Alors petit à petit, je sentis cette culpabilité se transformer en désir de mieux, cette force qu’elles trouvent pour aborder autrement les conflits rencontrés
(Je pourrais en écrire un roman.. )
Mauvaises mères, mauvais parents, enfants du divorce, père absent, parents indignes toutes ces expressions de comptoirs suffisent pour poser étiquettes culpabilisantes et réductrices.
Hériteront encore longtemps de ce poids,les mères culpabilisant de faire leur carrière au détriment de leur vie de famille,pères trop occupés par leurs contraintes , leur stress , mères et pères coupables de reproduire en force ce que leurs parents leur ont affligé ?
Cercle infernal .
Ne culpabilisons de rien, faisons le point, changeons de méthode, de stratégie, faisons des choix, ceux que qui nous semblent les mieux adaptés, parlons en, parlons avec eux ..
Mes parents ont fait des erreurs , ils ne savaient pas , je suis incapable de leur en vouloir de quoi que ce soit
par amour tout simplement ..
08:08 Ecrit par Jeanne dans aujourd'hui | Lien permanent | Commentaires (31) | Envoyer cette note
22.10.2008
L'aigle noir

Il était déjà tard, peut être une heure du matin, l’équipe d’animation avait préparé la journée du lendemain, mangé un peu, alors comme tous les soirs, je rejoignais Arnold dans son bureau
C’était le deuxième été, une deuxième colo avec, lui, il était directeur et il m’avait demandé d’être adjointe
Depuis le premier entretien , nous nous sommes rapprochés, nous ne nous quittons plus, passons des heures, une fois les enfants endormis, à parler, travailler aussi, divaguer..
Arnold adorait danser, j’adorais chanter, nous aurions pu créer une comédie musicale
Nous avions proposé aux enfants, l’été précédent, un atelier d’expression corporelle
Arnold avait crée une chorégraphie sur la chanson de Barbara « l’aigle noir « ces enfants plutôt rebelles et violents avaient trouvé plein de douceur et de grâce, à notre étonnement d’ailleurs.
A St Auban, la chaleur est tombée un peu
Arnold sort un vinyle de Barbara, nous écoutons la chanson, et il me demande de danser avec lui, de refaire cette chorégraphie restée encore dans notre tête .
J’accepte avec émotion, il est déjà tard, lasse je l’accompagne dans la grande salle d’activités, vide, enfin silencieuse
Il apporte un électrophone, lance le disque et commence la danse Les gestes sont d’une douceur inouïe, il règne une grande tendresse, ses mains sont douces, ses doigts effleurent les miens, je sens son odeur, son parfum, celui qui restera gravé si longtemps
Il n’y avait rien de plus délicieux , un tourbillon, la grâce …
Comme avant, dans mes rêves d'enfant,
Pour cueillir en tremblant,
Des étoiles, des étoiles…
J’aurais aimé prolongé cet instant
Je me suis longtemps remémoré cette relation si sensuelle si tendre , si douce ..
Depuis ce jour , mon corps fut scellé , vissé à ma tête , une autre personne faisait surface , j’avais rompu définitivement avec un héritage fait de moqueries , d’abaissements et d’humiliations .
J’avais mes propres ailes ..
08:22 Ecrit par Jeanne dans hier | Lien permanent | Commentaires (30) | Envoyer cette note
21.10.2008
Jeanne à la télé

Je glisse une cassette dans le magnétoscope
Je vous avais dit que ma belle-famille adorait les jeux alors Jade, la sœur de Jérôme a une fois de plus franchi le pas de rentrer dans la télévision.
Elle est très à l’aise dans ce genre de prestation, comme si les animateurs étaient de bons copains, elle se concentre, gagne et se prend véritablement au jeu.
Elle officie depuis deux jours, sur ce fameux jeu dont je vous avais déjà parlé ici.
Avec ma curiosité maladive, j’ai moi aussi franchi le pas d’aller à la télévision, non pas pour faire un jeu, trop nulle, ni pour déballer ma vie au grand jour, et faire pleurer dans les chaumières dans des émissions de talk show.
J’y suis allée pour voir, dans le public, il y a quelques années de ça , voir tout simplement , l’autre face du miroir (j’adore ces expressions à deux balles !)
Première étape
Une émission en direct, sur Canal +, accueil courtois, on s'installe, Jérôme et mon frère où bon nous semble devant ou derrière les caméras, la surprise fut de taille tout de même quand nous avons vu débarquer sur le plateau, notre ancien maire, venu prendre positions sur le conflit des routiers..
Deuxième étape
la Maison de Radio France, une émission animée par un animateur qui sévit depuis des années dans un programme dit de société, limite racoleur et voyeuriste.
En entrant dans le studio, il était déjà au moins 21 h, accueil peu courtois par des hôtesses pimbêches qui nous plaçaient à leur bon vouloir, grosses poitrines et décolletés devant, allant même le culot de séparer les couples, les amis venus en bande..
Croyez moi , j’avais vite fait d’occuper les rangs de fond ..
Ça râlait, sifflait, l’ambiance était détestable
L’animateur arrive, pas de bonjour, il se la joue, l’émission est longue et rasoir..
En milieu de soirée, nous sommes éjectés du plateau pour la pause, l’ambiance n’est pas bonne du tout, je me souviens que nous avions quitté le studio vers 1h du matin, quel courage …
Troisième étape
Pour ses 10 ans, j’ai fait la surprise à Ellen de l’emmener sur un plateau de télévision (nous avions été reçus comme des rois dans l’immense loft que Gordon occupait à l’époque )
Tout le problème était de trouver une émission, pas trop vulgaire, qu’elle connaissait, et qui acceptait les enfants dans le public
Après avoir insisté, nous avons obtenu une réservation pour l’enregistrement d’une émission de divertissement qui passait en quotidien
Ellen était un peu impressionnée, nous avions été particulièrement bien accueillis par les chroniqueurs, le personnel, les hôtesses
Les cameramen, les décors, éclairages, l’homme qui fait applaudir. un orchestre bien calé, un monde loin du notre et pourtant bien présent dans notre quotidien, et ramène ce mythe du petit écran bien à sa place
Il y a quand même des tas d’émissions, même payée, j’aurais du mal à les faire..
Jade a gagné, des euros, des jeux, un WE famille, elle est revenue ravie, bravo !!
08:29 Ecrit par Jeanne dans hier | Lien permanent | Commentaires (34) | Envoyer cette note
20.10.2008
Le bon Sauveur

De temps à autre, nous allions rendre visite à notre tante, la sœur cadette de ma mère
Nous prenions une Micheline, les voyages en train étaient gratuits pour nous tous , mes grands-parents venaient parfois avec nous, mon père rarement, il travaillait en semaine .
Mon frère était très énervé de monter dans le train, moi, joyeuse de revoir ma tante, cela provoqué plein d’excitation les jours d’avant .
Arrivés à la gare de Caen, ma grand-mère avait un don inouï pour traverser n’importe comment la voie ferrée, à cette époque, les voies souterraines n’existaient pas .
Une fois, en route, nous avions aperçu mon père sur la voie en bleus de travail, guettant à son tour le passage du train.
Nous nous dirigions rue Caponière , en taxi je pense, retrouver ma tante .
Elle était religieuse, mais elle travaillait dans un hôpital psychiatrique comme infirmière
Nous arrivions devant une grande porte en bois, une Sœur nous accueillait et nous emmenait voir ma tante .
Je redoutais ce moment, nous devions parfois traverser des salles, odeurs aseptisées, et je croisais des créatures au regard sombre et terrifiant, des personnes gémissantes en charentaises et chemises de nuit.
Il y avait des personnes âgées, des adultes atteints de trisomie 21, toujours en quête d’un câlin, d’un geste tendre, il y avait des vieillards hagards..
Quand ma tante arrivait, elle se mettait à notre hauteur et nous tendait les bras, c’était un moment de retrouvailles extrêmement chaleureux..
Nous déjeunions avec elle, les religieuses sous connaissaient, elles nous aimaient beaucoup, nous nous sentions chouchoutés, paradoxalement bien dans cet univers insolite, celui de la psychiatrie .
Nous allions explorer le parc, pendant que les adultes parlaient de tout, de rien, les malades nous regardaient, parfois nous disaient quelques mots, pas toujours compréhensibles..
En fin d’après midi, nous remontions dans la Micheline pour rentrer à la maison .
Quand j’ai fait mes études, j’ai pu faire mes stages à Caen
Ma tante avait réussi à me trouver une petite chambre chez des religieuses, c’était un peu le couvent comparé à la cité U, mais je m’en accommodais, parce que j’aimais beaucoup la ville de Caen et j’étais lasse des trajets Cherbourg Le Havre, pas vraiment direct.
J’allais voir ma tante de temps en temps, c’était un moment tellement plaisant
Je venais sans prévenir, en me voyant elle disait
« tiens te v’la !! «
mon frère aussi était dans cette ville à cette époque
Je retrouvais ces repères de mon enfance, j’adorais ça,
La dernière fois que j’y suis allée, j’ai rencontré par le plus grand hasard un animateur de colo, quelqu’un de très très drole, qui m’aimait bien d’ailleurs , il travaillait au centre aéré de l’hôpital .
Ma tante est en retraite
Elle a gardé le contact avec les malades, elle passe beaucoup de temps à l’hospitalité de Lourdes, elle adore ça, les vieux, les contacts avec les bénévoles
Je ne la vois pas souvent, elle a beaucoup compté, c’est une personne drôle et tonique
Quand j’étais petite, elle était parfois en repos chez mes grands-parents, j’ai des souvenirs d’avoir dormi avec elle dans un grand lit, très haut avec des tas de couvertures sur les pieds …
07:42 Ecrit par Jeanne dans hier | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note


